Plaisirs de saisons et la ronde des petits bonheurs

PLAISIRS DE SAISONS

PRINTEMPS 


Chez nous à présent, le printemps se fête dès la mi-mars, en même temps que l'anniversaire de nos deux petites pousses. Léger, fleuri, sucré et pétillant, il est aussi papier de soie, rubans brillants et amour toujours.

Le printemps réveille alors les couleurs de la terre et du ciel du bout de ses lèvres pastelles. Il se fait caresse. Partout où il passe ça chante, gazouille, virevolte et embaume. Lupins, digitales, myosotis et autres belles endormies surgissent alors de la terre qui semblait avoir oublié jusqu'à leur souvenir au plus dur de l'hiver. Depuis des mois elles se tiennent invisibles, recroquevillées autour du souvenir du ballet gourmand des insectes butineurs. Leur retour au printemps frôle la prestidigitation. Et puis, voilà le gazon qui se constelle de pâquerettes. Lilas et aubépine exhalent leur parfums. La berce dentelle de son fin ouvrage blanc les bordures des routes et leur donne des airs de premières communiantes. Bientôt la renoncule sauvage mettra de l'or dans les champs et le coucou nous chante qu'il n'aura pas de soucis de garderie lui. Point de silence au printemps: Ça coasse, pépie, gazouille, chante, gringotte, bourdonne et stridule. Ça crisse, craquelle, ruisselle, babille et bruisse. Tout est musique au coeur de la nature et le murmure des souvenirs se pose en contre chant sur cette mélodie du bonheur.
Cette année le printemps s'est montré dans ses habits de pluie, mais l'air est doux et on sent bien que dès le premier rayon de soleil revenu, la nature n'en sera que plus épanouie, plus verte, plus parfumée encore. La pluie bénit la terre. Sous l'incantation de sa danse, tout pousse et s'étire lentement vers le ciel.
Hier, soleil et pluie se sont chassés toute la journée, peut-être voulaient-ils s'épouser en un arc en ciel. Après s'être ainsi cherchés, ça a dégénéré et à la nuit tombée, le ciel est devenu très courroucé. Ça a soufflé, tonné, grondé, éclaté!

Ce matin la colère du ciel est oublié. Le jardin, pourtant malmené par ses bourrasques, n'a jamais été aussi beau. Au réveil, la brume portait déjà les douces senteurs de terre et de sous-bois. J'ai voulu aller me perdre dans ses voiles mais une fois mon petit monde prêt, elle s'en était allée et la pluie l'avait remplacée. Cette petite pluie de mai ne me fait pas peur. Elle va, elle vient. Lorsque la pluie tombe en mai, les sous bois soupirent de tous leurs senteurs, et nulle part ailleurs je ne pourrais être aussi bien. C'est le parfum de mon enfance de rêves et de sève, je me souviens alors des verts territoires de mon passé:


Jadis, une route passagère, où nombre de nos chats laissèrent la vie, nous séparait  de "LA PÂTURE". La pâture s'étendait jusqu'à l'horizon. On n'allait pas jusqu'au bout de la pâture; c'était trop grand; c'était trop loin. Il n'y avait guère que ma grande sœur amoureuse qui s'y promenait pour se laisser conter fleurette par celui qui deviendrait son mari; ou mes frères, embarqués dans je ne sais quelle aventure. A la pâture, l'herbe me chatouillait parfois le menton. On s'y sentait tout petit. Je m'y rendais souvent pour remplir mon panier de fourrage pour la mère lapin. Parfois, j'y emmenais mon cochon d'inde, qui, caché tout rond tout mignon dans le fond du panier, se prenait des poignées d'herbe sur la tête et couinait de plaisir. De la pâture, je revenais toujours les mains vertes, et de ce coin de nature sauvage, j'emportais sur moi le parfum des herbes folles. Lors de ma cueillette, j'endurais souvent la coupure des leurs longues tiges. La pâture était bordée d'une haie où nous allions à la chasse aux escargots. Nous rassemblions et contemplions ces petits colimaçons à la coquille fragile et translucide  comme un trésor de perles blanches, brunes et jaunes.
A droite de notre maison, "l'espace vert" était un lieu moins sauvage où  nous aimions aussi nous retrouver entre enfants du quartier. On en revenait les genoux tâchés par l'herbe après avoir passé des heures à la recherche de trèfles à quatre feuilles ou à chasser le criquet.


Aujourd'hui les saisons rythment notre quotidien. La recette du bonheur au printemps n'est pas un grand secret:
Après les premiers rituels du lever, surprendre le jour en musique et faire virevolter les bébés papillons. Mini boum improvisée.
Leur faire reprendre des forces sous la croûte dorée du pain sorti tout chaud du four et aciduler leur matinée à petits bouts de fraises, d'orange ou de pomme râpée.
Répondre à l'invitation du soleil. Dénicher le printemps au bord de l'étang et par les chemins de terre.
Se laisser transcender par la beauté du jour et soudain ÊTRE le lézard qui détale dans un bruit plus grand que lui; puis le canard bercé par l'onde; ou la grenouille, perdue dans ses croassements amoureux; le vieil homme aux petits soins qui se tient courbé sur son ruban de terre; et redevenir la timide qui n'ose pas lui dire comme ils sont beaux ses sillons. S'évader encore, devenir solaire et de là haut, tout droit plonger dans l'étang. Se croire fleur de printemps dans la brise dansante; ou saule centenaire qui, rêveur, du bout des branches, caresse l'eau. Être l'aubépine suave des petits sentiers, et depuis la goutte de rosée jusqu'à l'arrondi du nuage, se dire que le monde est parfait.
Le bonheur se cueille aussi au jardin. Quand on a un an et qu'on y découvre le printemps, on suit du doigt l'arabesque des coquilles d'escargots; on compte les cailloux; on caresse et on hume les fleurs; on parle aux bourdons; on pouette pouette les pissenlits dont on finit par arracher les pétales; on traîne ses souliers et on use les genoux des pantalons sur les dalles de la terrasse; et puis on admire papa faire des bulles. A l'approche de l'été on dénichera la fraise et la framboise dont le jus sucré colorera nos sourires. On se jettera tout habillés dans la petite pataugeoire et on finira nus à courir après les papillons, tartinés de crème, un chapeau sur la tête.






ÉTÉ:




L'été s'annonce toujours en musique. Tous les 21 juin, elle s'élève un peu partout, au coin d'une rue, sur un carré de pelouse ou sous la toile d'un chapiteau et fait valser la nuit la plus courte courte de l'année.


Quand l'été s'installe brûlant et lourd, c'est au petit matin qu'il faut cueillir le jour. Si mon quotidien le permet, j'aime alors le surprendre dans ses voiles de brume légère, lui et moi lorsque beaucoup dorment encore, un moment d'intimité volé.
A midi, le voilà déjà qui s'alanguit et invite à la sieste. Volets clos et draps frais, ou petit coin de gazon à l'ombre des feuillages, l'été nous pousse à l'indolence.


  C'est aussi le temps des grandes vadrouilles vers de nouveaux territoires, sur d'autres chemins. On voyage. Et un peu partout se retrouvent au final les mêmes plaisirs de cartes postales: ces champs d'or fraîchement moissonnés et les jolis ballots ronds ou carrés à escalader pour le cliché souvenir de l'été; ces étendues de maïs vert sous un ciel encore lourd après l'orage qui vient d'éclater; ces jolies dames tournesols qui, coquettes, inclinent la tête et courtisent le soleil; ces petits sentiers dentelés de fougères; la fraîcheur de l'eau qui babille et balbutie et l'ombre bienvenue des sous-bois; ou encore, la caresse du sable fin qui glisse entre les doigts; les galets ronds et chauds, comme gorgés de soleil, si doux dans la paume de la main; les vagues taquines et la morsure du sel.






De toutes les saisons c'est en été que les soirées sont les plus belles, quand le jour ne finit pas de s'étirer et qu'il fait bon rester dehors. Etoiles et grillons assurent le spectacle des soirs ordinaires, pyrotechnie et grand orchestre illuminent et subliment les autres.
Le 14 juillet est le point d'orgue de la belle saison. Par chez nous il est célébré autour d'un étang dont les berges se peuplent d'ombres une fois le soir venu. On se donne rendez-vous à des kilomètres à la ronde. Dans le crépuscule, on ne se voit presque pas, on se devine. Le murmure de mille conversations se mêle au dessus de l'eau. Coude à coude dans le noir, la nuit se partage. Le spectacle commence et le silence se fait. La lumière des fusées révèle ponctuellement l'émerveillement commun qui se lit sur ces visages tous tendus vers le ciel. On entend battre la magie dans le coeur des enfants. L'étang tend le miroir de ses eaux à chaque explosion de couleur. La nuit se tisse sous la dentelle des arbres et les broderies des lumières. Sur la grand place le verre de vin est à cinquante centimes et le soda trois fois plus cher. On se réunit autour de la buvette. Les réjouissances continuent. Certains osent quelques pas sur la piste, petits trémoussements de joie offerts au ciel étoilé d'été. Les enfants qui se mêlent à la danse s'offrent leurs plus beaux souvenirs de vacances.


AUTOMNE


 Et puis un jour, les vacances se terminent. L'automne n'est plus très loin. Bientôt il sera là et nous poussera vers des plaisirs tamisés. C'est la rentrée, il faut se plier de nouveau aux tâches et aux horaires. Dans de nombreux foyers, son arrivée sonne la fin des réveils tardifs. Mais la rentrée c'est aussi le recommencement, la page blanche dont le grain semble inviter l'esquisse de tous les possibles; l'odeur des taillures de crayons affûtés pour les bonnes résolutions; les carrés de lumières qui se dessinent aux fenêtres au petit matin et qui laissent imaginer ces instants feutrés au chocolat chaud dans la douce odeur de pain grillé, ou ce tohu-bohu que je ne connais pas encore avec des souliers à lacer, des goûters à glisser dans ces gros sacs dont les enfants sont carapacés, et les baisers sur les joues déposés. La rentrée c'est aussi le cœur qui se serre: "Et ce nouveau maître, il sera comment?","Et s'il se rendait compte que je ne sais toujours pas mes tables de multiplication!","Retrouverai-je les copains?" Les familles se resserrent autour de ces moments qui se racontent quand tout le monde se retrouve le soir venu. C'est enfin l'emploi du temps pour les dix mois à venir qui se dévoile et, pour peu qu'on soit adepte des crayons comme moi et qu'on colore les petites cases qui vont rythmer la semaine afin de mieux s'y retrouver, on s'imagine déjà la couleur des jours à venir. J'ai toujours trouvé la rentrée à la fois douce et amère, à la fois attendue et redoutée, à dix ans comme à trente.
Aujourd'hui, dans ma parenthèse parentale, les seuls horaires qu'il me faut respecter me sont dictés par les besoins de mes deux petits papillons. Libre je suis d'aller sur mes sentiers où je me plais à comparer le grain et le goût des mûres. Un pommier "sauvage" réinvente pour moi l'acidulé-sucré du fruit défendu, loin des fades étals des supermarchés. Je suis la gourmande des petits chemins. Enfant, je croquignais les grains encore verts du blé pour en faire sortir le jus à fois laiteux et farineux; je suçais la sève sucrée des trèfles blancs; et aimais dénicher la fraise des bois ou la noisette d'automne. Aujourd'hui, si j'avais le temps, la patience et le talent d'une cuisinière,  je passerais la journée à mitonner des confitures, tartes et folles douceurs dont les parfums sucrés seraient les bouquets chimériques célébrant l'arrivée de l'automne dans notre home sweet home. L'automne est feuilleté de petits bonheurs comme ceux là: senteurs, douceurs, couleurs.
 Comme pour nous consoler de ne plus enchanter nos jours, le soleil sublime nos petits matins, lorsqu'à l'aube, du bout de son pinceau le plus rouge, il va chatouiller le ventre paresseux des nuages. Dans les forêts, les parcs, le long des routes, dans le carré d'un jardin, les feuillages se panachent de mordorures, et bientôt commencera la valse funeste de l'automne où tourbillonnent le roux, l'ocre et le pourpre, comme un dernier élan de vie haut en couleurs. "Ruska", c'est le mot magique finnois qui, avec ses consonances gutturales et occlusives, ce je ne sais quoi de primitif, évoque en deux syllabes le flamboiement des couleurs de la forêt en automne. On frissonne un peu à l'approche de la morte saison, mais dans le secret de la sève se préparent déjà les bourgeons d'un prochain printemps.
Alors que l'été se retire inéluctablement, peu à peu il cède le pas à un peu plus de fraîcheur. Les sentiers livrent alors leurs parfums de terre, de fruits mûrs et d'herbes folles comme un souffle boisé apporté dans un long soupir enfin libéré après la chaleur pesante et immobile de la belle saison. Souvent, l'automne s'annonce dans un clapotis de pluie. Surprise par l'ondée, je ne rebrousse pas chemin. Je reste pour son récital au clavecin des frondaisons. Dans leur poussette, sous l'habillage de pluie tout de gouttes retenues, les bébés promeneurs observent les ramures qui oscillent sous le vent venu joindre sa voix au spectacle. Dans leur chancelière toute fourrée, voici mes petits papillons redevenus chrysalides dans leur cocon. Comme il doit être bon de pouvoir se pelotonner bien au chaud par une ballade pluvieuse. Mais ce corps à corps avec les éléments n'est pas pour me déplaire non  plus. De sandalettes chaussée,  je marche allégrement dans les flaques en défiant la bienséance des grands pour goûter au plaisir défendu de sentir la boue s'immiscer entre mes orteils. Flic Flac Splosh, l'automne arrive et du bout de  mes pieds nus, j'ai les racines qui poussent dans ce joli coin de France.


Le corps finit par se plier au retour de la routine. L'horloge interne prend même le pas sur l'alarme de l'implacable réveil. Premières fleurs de givre au petit matin; l'automne est bien là. Les petits nez se muchent dans le moelleux d'une écharpe; les bonnets s'enfoncent sur les oreilles; et les petites mains sont des papillons endormis, tout chauds au cœur de moufles de laine. Octobre, c'est le temps de la garderie pour mes bébés de printemps. Je les observe s'éloigner du cocon, petit déchirement inévitable et pourtant salutaire. Je m'occupe ailleurs à penser Halloween, gâteau, citrouille, sucreries et chrysanthèmes. J'ai quarante-cinq minutes. Je compte bien ne rien oublier pour célébrer l'apogée de l'automne. On sera bientôt le 31 octobre. Je souhaite donner des couleurs de fête à ce jour qui, si on met le nez dehors, a malheureusement l'air tout ce qu'il y a de plus ordinaire chez les autres, alors que c'est Halloween. Halloween au faîte de l'automne, Halloween de sucre, de feuilles, de frissons, de partage et de rires d'enfants. J'ai fait rentrer l'esprit d'Halloween par la cuisine. Il s'est matérialisé sous la forme de volutes de vapeur s'élevant de ma casserole de compote pommes cannelle. C'est un esprit doux qui parle de nostalgie d'enfance. A midi, il a pris place dans l'assiette de mes petits à côté de la purée de courges et compagnie. Ensuite, ça s'est gâté côté cuisine. C'est un esprit frappeur plein de maléfices qui m'a fait raté mes cookies, à deux reprises! Dans l'après-midi, un coup de sonnette seulement: "Des bonbons ou la MORT", pas un mauvais tour, une blagounette, une farce, un canular, une facétie, non carrément la Mort! Heureusement, nous étions parés pour la chasser à coups de carambars, ouf! En fin de journée, une envie de champignons et de poires, et  nous voilà partis pour quelques commissions alors que le jour déclinait déjà et que la nuit d'Halloween avançait sur nous. Je regrette que personne ici ne s'enflamme pour cette fête si conviviale qui ouvre les portes sur l'imagination et la magie. Ici les portes sont closes. Les lumières éteintes. Dans la rue, il n'y a guère qu'un petit groupe de deux enfants et leurs mamans qui s'obstine toutefois à lancer leur formule à gourmandises. Si j'aime Halloween, c'est pour son atmosphère, ses mystères et je ferme les yeux sur le martelage commercial qui l'a accompagné pour un temps. Chat la première fois dans le douceur d'un crépuscule parfumé quelque part en Californie il y a seize ans, Frankenstein ensuite, sorcière souvent, sépulcrale Miss Havisham, grimages mémorable. Halloween a aussi le mérite d'évoquer la mort comme faisant partie de la vie, alors qu'on a souvent tendance à vivre en l'oubliant. Ce soir là on fait valser les morts et les vivants! Et puis après tout, ce n'est pas tant de savoir qu'il y ait une vie après la mort, mais surtout de s'assurer qu'il y en ait une avant et de s'élancer dans la danse!
Novembre, et le bel automne mordoré continue. Un coup de colère de Monsieur le vent et s'en sera fini de cette belle palette d'ambre, d'or et de feu. Mais l'automne a encore d'autres sortilèges. Dans le secret de la nuit, la brume métamorphose les paysages. Elle gomme l'horizon; et au petit matin, recentre notre attention sur d'infimes détails. De son souffle, elle révèle les toiles de soie arachnéenne si joliment ouvragées, chacune sertie de perles de pluie. Cette brume donne à voir à mesure qu'on avance le pas. Ainsi offert par petites touches, comme surpris dans son sommeil, le paysage se fait plus intime et nous cède ses faveurs. C'est quand le jour paresse encore sous ses draps de brume qu'on se dit qu'on a bien fait de quitter les notre si tôt pour goûter au plaisir simple d'une ballade matinale, même s'il fait froid, même si on frissonne, même si l'hiver s'en vient.


HIVER




Décembre, je me console de l'absence obstinée de flocons dans la région en faisant le tour du grand étang communal pris par la glace. La morsure du froid a laissé son empreinte à la faveur de la nuit. Le givre dessine des fleurs en cette morte saison qui les a pourtant bannies. Bannies, pas tout à fait, car au jardin, les pensées lui résistent. Lorsque l'hiver surprend leurs floraisons en sa morte saison, il se hérisse de givre, se fâche de glace et courbe par son courroux. On pourrait croire leurs pétales flétris à jamais, la plante vaincue, terrassée  par le froid; mais têtes penchées, les pensées laissent passer. Elles se font petites et retiennent leur souffle, se figent dans l'attente du soleil, comme recueillies autour de son souvenir, et dés les premiers rayons, elles relèvent  la tête qu'elles tournent vers le ciel. C'est la force des pensées. La force de la vie. Voilà à quoi je songe alors que l'hiver me suit pas à pas autour de l'étang. Il me tire les oreilles, me pince les joues, se saisit de mes doigts et les paralyse. Je lui résiste, mais il m'emporte finalement dans un long baiser qui me coupe le souffle et me réchauffe à mesure que j'avance. Chaque pas offre un nouveau spectacle, il suffit d'ouvrir les yeux. Une branche hérissée de cristaux me retient. Plus loin, je m'attarde dans la contemplation de bulles d'air piégées sous la glace. Si je me penche un peu plus, d'un côté, puis de l'autre, le tableau n'est plus le même. La lumière révèle d'autres  reflets, d'autres formes, d'autres chimères. Je pourrais m'y perdre. Clic clic clic, je passe en mode rafale et engrange les photos par dizaines. Je contemple, je cadre, recadre et recommence trois pas plus loin. Les oiseaux cherchent leurs pitances là où le gel n'a pu figer le sol, sous l'épais tapis de feuilles de chênes. Partout dans les fourrées, les feuilles mortes bruissent et crissent. A les entendre on se croirait sur le point de croiser un large animal sauvage. les oiseaux font un beau remue ménage aux prises avec le froid.
       Je pensais avoir à me contenter tout l'hiver de ce souffle de givre, mais un matin, la neige a étendu son léger manteau jusqu'à notre porte. Si elle désespère certains et complique la vie de beaucoup, j'ai la chance de pouvoir m'en réjouir. Elle est d'autant plus magique qu'on me l'avait dit rare ici. La neige a souvent manqué à mes hivers. J'aimerais qu'elle s'invite plus souvent au jardin et qu'elle reste le temps d'une saison dans les bois et fourrées qu'elle sublime.
   Les matins de neige font le jour feutré et neuf. Dans le secret de la nuit, son oeuvre a redessiné les arabesques de nos paysages quotidiens. Elle gomme les angles et donne de la rondeur partout où s'attarde le regard. La neige pose un silence sur le jour qu'elle engourdit. Puis le soleil est là et tire des étoiles de ce manteau tombé du ciel. Chaque flocon dévoile son arc en ciel. Peut-être bien qu'elle gène, bloque, retarde et tue; mais n'enchante t-elle pas aussi? Et puis, cette neige n'est qu'un voile qui se lèvera bientôt.
   Bientôt, mais pas encore. Cet hiver, neige et soleil ont flirté à coeur fondre pendant plusieurs jours, au risque de se perdre, mais c'était sans compter sur  la sombre étreinte de la nuit qui, recueillant la neige en son sein de glace,  lui permit de voir un jour de plus, puis un autre, et un autre encore. Mais c'est surtout à la forêt que la neige appartient. La ville la piétine, lui donne un goût de larmes en la chassant à coups de gros sel. La blancheur immaculée de l'aube enneigée se dissout bien vite dans un camaïeu de gris. Squish, squash, ville souillée, neige salie. On en comprendrait presque ceux qu'elle rend moroses. La ville ne lui est pas favorable. Aimée du soleil, amante de la nuit, c'est pourtant la forêt que la neige épouse et enchante. La canopée devient dentelle le temps des épousailles. La neige s'attarde dans les bois et les frange encore de blanc quand plus loin, plus hauts, champs et coteaux ont retrouvé leur palette brune.
  Si l'hiver n'apporte pas toujours la neige espérée, il reste le théâtre des réjouissances qui marquent le passage des ans. L'écrin noir de ses nuits qui s'invitent dès l'heure du goûter, sublime les lumières de fête. Ici on tamise d'ambre, on s'offre une flambée; là on égaie en multicolore, la maison semble enrubannée. Les lumières vacillent ou clignotent, chacun sa danse.
 Certains affichent des pommes désabusées à l'approche des fêtes. On devine des épaules qui se haussent, des yeux qui se lèvent au ciel, des estomac qui s'inquiètent, des solitudes qui resserrent leur étau, des cœurs qui s'interrogent, des esprits pratiques qui s'alarment ... et tous avec raison à n'en pas douter.
  Mais ce Noël 2008, c'est avec d'autres yeux que je le vois. Deux paires de yeux en plus! A neuf mois, le monde foisonne de merveilleux: les lumières, les goûts, les textures, tout est fête, décembre ou pas; c'est tous les jours Noël! Trop jeunes encore pour en saisir toute la magie, c'est un peu un Noël pour du beurre ou plutôt un Noël tremplin, celui qui me fait songer aux Noëls futurs que nous enchanterons pour eux.
La magie de Noël ne se trouve pas sur une étiquette de grand magasin, elle se brode en petits rituels, elle se conte, se chante, se goûte, se partage, se propage, elle s'invente en famille ou entre proches. Certains y célèbre un dieu, j'y célèbre  la vie. J'y partage l'amour. L'esprit de Noël est celui de la compassion et des petites attentions. Noël donne de l'envol à la toute puissance de l'imagination et des rêves. Croire, imaginer, inventer, rêver, c'est s'ouvrir à la vie et à tous ses possibles, même ceux qui dépassent notre entendement. C'est grandir et devenir plus fort.
  Les Noëls de mon enfance ont toujours été enchantés dans l'adversité ou la prospérité. Comme j'ai été triste de les sentir perdre de leur intensité, à petit feu s'évanouir. Est-ce le temps qui avait dégrisé mon cœur d'enfant? les tempêtes familiales anéanti le plaisir de se retrouver ? Je me disais alors qu'un jour renaîtrait la magie de Noël et ce jour serait celui où je la verrai briller dans les yeux de nos enfants.
       Magie de Noël, indubitablement, mais je dois vous confesser que je suis aussi très cadeaux! Avec le temps j'apprécie même davantage en offrir qu'en recevoir, presque. Alors oui, j'avoue, je me laisse parfois emporter par la frénésie de décembre. Oui, oui, oui, j'aime me mêler à la foule chargée de paquets dans les rues froides où tombe déjà le rideau bleu profond de la nuit quand l'heure du goûter chatouille les ventres. Certains pensent gaspillage, futilités, surconsommation. Je pense petites attentions et plaisir d'offrir. Si Noël ne se trouve pas sur une étiquette de grand magasin, je ne saurais toutefois le fêter sans l'enrubanner. Le cadeau marque notre rapport à l'autre. On le choisit d'après ce qu'on sait de lui. Il parle des moments passés partagés, d'une certaine intimité. L'importance du cadeau n'est pas dans son prix, mais dans le temps et le soin qu'on aura pu consacrer à son choix et à son emballage. J'irais même jusqu'à dire que ce qui compte c'est surtout l'emballage. Alors que l'on enrubanne, étiquette et noue, nos pensées se dirigent vers la personne à qui l'on destine notre présent. On songe à ce qui nous lie à elle. On imagine ses réactions lorsqu'elle découvrira le cadeau. C'est un moment auquel je prends grand plaisir. Ce temps autour du cadeau est ce qui lui donne de sa valeur et lors de ce Noël 2008, leur premier, accaparée par mes pommes d'amour, ce fut une vraie gageure pour moi, mais j'y ai passé de belles heures. Si les fêtes sont douces, chaleureuses et partagées les morsures de l'hiver sont plus vite oubliées.


LA RONDE DES PETITS BONHEURS
Marcher en toutes saisons




Quand les tâches deviennent répétitives, les petites heures de la nuit trop familières, ou l'enfermement un peu étouffant, je n'ai "qu'à partir" (guillemets de circonstance car il faut toutefois ravitailler, débarbouiller, langer, habiller, emmitoufler, ne rien oublier et embarquer mon petit monde), et à quelques pas, un écrin de nature me recueille en son sein. Des chemins de terre qui sillonnent la campagne; le refuge des sous-bois; une ferme à visiter; ou un étang qui s'étire en arabesques, contourne des îlots où nichent les canards, pour aller se faufiler entre les pieds du vieux pont en ruines; les destinations ne manquent pas. Toujours de l'avant je vais, deux pieds, huit roues, et la volonté d'aller partout: filant sur le bleu nuit de l'asphalte que l'hiver verglace de blanc; faisant fi de la boue au printemps; le souffle un peu court sur les cahots des pierres des chemins escarpés; ou à la recherche de l'ombre quand le soleil fait danser la ligne d'horizon en été; traînant le pas le long des sentiers forestiers pour profiter du bruissement automnal de l'épais tapis de feuilles mordorées; et dans les chuchotis des graviers parfois; en toutes saisons aller, ouïr, sentir, goûter, toucher, voir et partager ce Tout avec mes pommes d'amour.


            Alors je me sens VIVRE à chaque pas, ici et maintenant, dans la marge du monde, cet espace temps où je tisse leur quotidien au mien. Mon cœur s'emplit de reconnaissance pour cette vie qui nous a été offerte au fil des hasards, des surprises, et toutes ces grandes et petites décisions qui nous ont conduits ici et maintenant et font la trame de notre bonheur. 
        
           Fille du Nord, je m'enracine dans ce beau coin de France en arpentant ses sentiers.  J'y promène mes souvenirs, mes rêves, ma lassitude parfois. Certains jours je m'imagine aventurière des petits chemins et peaufine en détails mes stratagèmes si je venais à tomber nez à nez avec une vipère, un sanglier fâché ou un essaim de taons assoiffés ou si la poussette me lâchait, seule avec deux bébés au coeur de la forêt. Mais les bois se sont toujours faits accueillants et il me reste bien des chemins à explorer. La route est longue et belle en toutes saisons.


Les petits bonheurs de Dame Nature:  


Bonheurs de printemps, d'été, d'automne et d'hiver nous entraînent dans leur ronde. Au fond, peu importe la saison, c'est juste le pas de danse qui change, l'allégresse reste la même et quelque soit le temps, la nature est toujours riche en merveilles  auxquelles aller se frotter l'âme.
* Poser les paumes de main sur l'écorce d'un arbre.
* Suivre la sauterelle, l'abeille et le papillon.
* Jouer avec les ombres projetées par le soleil.
* Nourrir les canards au bord d'un étang.
* Chercher des cailloux en forme de lettres.
* Poser un nom sur une fleur, une herbe sauvage, un arbre.
* Regarder défiler les nuages et écouter chanter le vent.

* Ramasser des graines ou des pommes de pin.
* Admirer la mousse d'un vert impossible et le chapeau délicat des champignons.
* Humer.
* Observer les besogneuses fourmis qui se déplacent en file indienne.
* Pique-niquer à l'ombre sur un coin d'herbe.
* Se laisser emporter par la pente en courant jusqu'en bas d'une colline.
* Faire flotter des branchages sur l'eau d'un ruisseau.
* Construire une cabane.
* Découvrir l'écho.
* Ramasser des marrons et les caresser en secret dans le fond de sa poche.
* Se faire charmeur d'escargot.

* Surprendre un écureuil dans un éclair de fourrure rousse.
* Arroser le jardin qui soupire d'aise.
* S'asseoir dans les herbes hautes et n'avoir plus que le nez qui en dépasse.
* A plat ventre dans l'herbe, creuser la terre et découvrir l'échelle minuscule de la vie qui y grouille.
* Claquer des bottes dans une flaque.
* Faire crisser la glace de la pointe du pied, la briser d'un coup de talon.
* Ouvrir le bouton d'un coquelicot
* Se tâcher les doigts en ramassant des mûres.
* Grimper à un arbre.
* Rêver devant un arc en ciel.
* Compter les points d'une coccinelle.
* Admirer l'ouvrage de soie perlée de rosée de l'araignée.
* Voir tout un monde dans une goutte d'eau.
* Donner des graines aux oiseaux pendant l'hiver.
* Photographier.
* Camper.
* Effleurer la douceur des pétales d'une rose.

* Faire s'envoler les graines hélices: pissenlits, tilleuls, ormes, pins ...
* Effleurer un concombre d'âne pour en faire jaillir les graines lorsque le fruit explose.
* Cueillir une herbe folle: poule ou coq?
* Tresser un collier de fleurs.
* Planter au printemps, récolter à l'automne.
* Chercher un trèfle à quatre feuilles.
* Admirer la perfection de la corolle d'une fleur.


***
Plaisirs d'eau



Bonheur en toutes saisons, mais de tout temps aussi, car il n'y en a pas de mauvais, pas vraiment. Le soleil, en brillant prestidigitateur, sort du sol les plus belles fleurs. Le vent n'est que musique et danse. Le gel, un artiste au tracé délicat. La neige enchante et la pluie invente l'arc en ciel, reverdit le jardin et ravit les escargots.
De tous les éléments, mon fils semble partager ma prédilection pour l'eau: il barbote, éclabousse, asperge, inonde et rit si la pluie lui cingle les joues.
Eau délice, indispensable à la vie mais aussi:
*Plaisir parfumé, quand brûlante sous la mousse du bain elle délasse le corps.
*Profonde harmonie quand on y nage et qu'elle discipline le corps, réveille les muscles endormis, renoue le corps à l'âme, puis plonge dans une douce torpeur.
*Douce à l'oreille, quand le pas dansant de la pluie coure sur les toits.
*Fraîche et salvatrice quand l'été se fait lourd.
*Espiègle quand elle caracole et bondit de pierre en pierre en un ruisseau chantant.
*Belle à mes yeux, quand elle se déroule, majestueuse, en une rivière.
Le hasard nous a conduit dans ce coin de France où serpente la Vienne. Depuis notre arrivée je la sais proche, je la devine et elle m'appelle. A ses abords, c'est la vie que je voie, c'est la vie que j'entends, c'est la vie que je sens. Ses eaux brunes charrient la terre nourricière. En son sein ondoient l'humeur du ciel. Sa voix liquide et mouvante qui vagabonde sur les pierres parle de voyages. Les arbres qui s'abreuvent sur ses rives s'inclinent vers elle comme pour lui rendre hommage. Il fait frais sous leurs feuillages et l'air est plein de parfums secrets qui leur auraient été confiés dans un moment  intimité entre la sève et l'eau.
L'eau mouvante chante les merveilles du cycle de la vie.

***


Nombre de joies se cadencent au rythme des saisons, quelque soit le temps, sous tous les éléments, mais le plaisir se brode aussi au quotidien. Un bonheur plus intime, feutré et douillet.
* Goûter à une baguette encore toute chaude en sortant de la boulangerie.
* Dormir avec une bouillotte.
* Aller à la poste demander "un vacances, trois petits Nicolas, un bloc chocolat, trois protections des pôles, deux jongleurs et une écuyère" et les ranger avec soin dans le petit album où ils attendent patiemment d'être choisis  pour les envois spéciaux.
* Débusquer les belles images à découper, collectionner, classer, réarranger, harmoniser, coller, partager.
* Chanter.
* Danser en s'oubliant.
* Abuser du sirop d'érable.
* Masser et se faire masser.
* Accueillir le soir à la bougie.
* Dormir nue sous une étoffe douce et molletonnée.
* Voyager dans les salles obscures accompagnée ou pas.
* Avoir un chat qui dort sur un coin du canapé.
* Petit déjeuner à l'heure du dîner.
* Surveiller le gâteau qui lève au four et se régaler de la part des anges.
* Plonger.
* Nager.
* Photographier.
* Être abonné à un magazine.
* En décembre, au réveil, une orange.
* Détapisser par pans entiers sans que le papier se déchire.
* Repeindre un mur et admirer le résultat avant / après.
* Nourrir un poisson rouge de petites paillettes colorées.
* Peler une pomme, d'un trait, en une longue épluchure.
* Retrouver l'enfance dans un bonbon.
* Faire un volcan avec la purée.
* "Craquigner" le meringue: l'émietter puis en écraser les petits bouts entre la langue et le palais et laisser fondre le tout.
* Tartiner de confiture de lait.
* Entamer un fromage de chèvre fermier.
* Se régaler de sushis.
* Se laisser chatouiller la palais par les boissons à bulles caramélisées sans sucre.
* Entendre éclater le pop corn.
* Se rendre à la fête foraine la nuit, revenir avec un poisson rouge.
* Devoir s'y mettre à plusieurs pour finir une barbe à papa.
* Cueillir des tomates et les manger dans le soleil couchant d'été.
* Découper une mangue.
* Cueillir des fraises.
* Tenter un cheesecake.
* Croquer un cornichon.
* Se laisser allécher par l'odeur d'un poulet rôti.
* Se soigner au miel.
* Se consoler au chocolat.
* S'enivrer d'un vin fruité et sucré.
* Mixer une soupe maison.
* Lécher la cuillère du Nutella.
* Se laisse caresser par la chaleur d'un feu crépitant de cheminée.
* Préparer un arrangement floral et  en faire cadeau.
* Sentir Noël arriver: zestes d'orange, épices de cannelle, sapins et bougies.
* Disposer d'une serviette éponge chaude, toute molletonnée, qui sent bon la lessive quand on sort de la douche.
* Avoir mal nulle part après que la douleur nous ait, pour un temps, rappelé le trésor qu'est une bonne santé.
* Ne rien faire.
* Tamiser les lumières.
* Etirer chaque muscle au réveil comme un chat.
* Ouvrir sa boite à merveilles et avoir du courrier.
* Appliquer une crème quand la peau tire.
* Planter un clou.
* Faire un carreau à la pétanque.
* Reconnaître quelqu'un à son parfum.
* Faire la sieste dans des draps frais.
* Marcher pieds nus.
* Aller au bout du désir.
* Se baigner quand il pleut.
* Se laisser aller aux sanglots qui libèrent.
* Avoir une peau adoucie et parfumée par de l'huile prodigieuse avant de se glisser dans les draps.
* Voir ce qui est beau. S'y arrêter.
* Ne pas oublier les paillettes les jours de fête.
* Se réveiller très tôt et pouvoir se rendormir.
* Essayer d'imaginer les passions passées et les amours perdues, entretenues, retrouvées des gens âgés aux airs si tranquilles. Se les représenter plus jeunes et se projeter soi-même à un âge avancé.
* Ecouter quelqu'un parler dans le noir.
* Se souvenir.
* Rêver.
* Ouvrir un cadeau, juste avant de découvrir ce qu'il détient, quand tous les possibles sont encore imaginables.
* Goûter après la piscine.
* Faire tournoyer la mappemonde et s'imaginer globetrotteur.
* Marcher sur le sable mouillé.
* Choisir un dessert.
* Ranger, ne pas aimer ça mais ranger, trier, classer et se réjouir de l'ordre et de l'équilibre qu'il apporte.
* Recevoir un bouquet.
* Avoir tout un stock de cartes et  ne pas rater une occasion pour les envoyer.
* Garder précieusement enveloppes, timbres et gentils mots arrivés au courrier.
* Pratiquer la respiration de la vague.
* Garder les taillures de crayons de couleurs dans une petite boite et l'ouvrir parfois pour en sentir le parfum qui évoque toujours le génie du grand potentiel créatif présent en chacun de nous.
* Se questionner sur ses choix de vie et toujours conclure que si c'était à refaire on ne changerait absolument rien.
* S'arrêter à un point de vue panoramique.
* Offrir, un cadeau, un sourire, une caresse.
* Faire rire un enfant.
* Epingler des mots rares, inconnus ou simplement jolis dans un petit carnet.
* Franchir le cercle polaire arctique au village du Père Noël de Rovaniemi.
* Trouver le temps de téléphoner à ses proches et s'en trouver remerciée.
* Se balancer sur une chaise à bascule.
* Jouer avec un chaton.
* Attendre son amour sur le quai d'une gare.
* Répondre au sourire satisfait d'un enfant qui joue et grandit.
* Sentir se réveiller des muscles insoupçonnés après une séance de sport.
* Avoir rayé toutes les mentions d'une liste de choses à faire.
* Sans pitié, écraser un satané moustique.
* Traîner en pyjama toute la journée après un jour de fête.
* Se perdre et se retrouver.
* Entrer dans une maison et sentir la bonne odeur de cuisine qui n'a pas son pareil pour bien vous accueillir.
* Applaudir à la fin d'un film et rester dans la salle jusqu'au bout du générique.
* Redécorer une pièce.
* Caresser un chat.
* Réciter un poème.
* Faire du vélo à quatre.
* Se mettre au lit dès 20h00, mais à tire exceptionnel.
* Aller au spectacle.
* Faire brûler de l'encens, mais moins souvent qu'avant, uniquement quand les enfants sont partis.
* Être transportée par la magie des parfums qui font voyager dans le temps.
* LIRE: lire dans un bain brûlant et parfumé; lire au lit dans la nuit silencieuse et molletonnée; lire dans le métro où chaque passager à lui seul est déjà tout un roman; lire pelotonnée dans un coin du canapé; lire en voiture sur une route toute droite tracée; lire avec la caresse du sable sous les pieds; lire à plat ventre le nez dans l'herbe; adossée à un arbre; sur un banc au printemps; lire en apnée; en pointillé; picorer; lire dans les interstices des obligations maternelles; lire à voix haute et partager; lire en grignotant; lire tout le temps.
* Trouver de la magie dans les mots. Les mots qui sonnent, murmurent ou chantent, ceux qui tissent l'imaginaire. Les mots qui nous soudent. Partout les mots. Dans les livres bien sûr, mais pas seulement. Un mot griffonné sur une table se fait parfois poème.  Une liste de courses constitue dans son alignement de mots un codec à partir duquel imaginer la vie d'autrui. Toujours à l’affût des mots en liberté, je m’intéresse particulièrement au sort de ces petites listes, ces petits bouts de papiers aux origines diverses- enveloppe, post-it, page arrachée d’un cahier – sur lesquels quelqu’un s’est penché et a réfléchi à ses besoins, est entré à l’écoute de ses désirs, où un instant il s’est projeté dans le futur pour anticiper son quotidien. J’ai toujours aimé imaginer la vie des gens en voyant défiler leurs courses sur le tapis roulant des caisses de supermarchés. Aujourd’hui je ramasse dans les chariots les témoignages écrits de ces moments croqués. Petites tranches de vie de consommateurs. C’est parfois un peu triste, à y lire «lingettes antibactériennes, lingettes dépoussiérantes, lingettes démaquillantes, lingettes bébé, »  je serre les dents pour la planète. Mais j’aime à voir la manière dont les gens organisent ces listes, leurs associations d’idées, leurs abréviations énigmatiques et la morsure du crayon sur le papier à chaque rature effectuée avec ferveur par le consommateur satisfait. Les mots nous mènent par le bout de nez comme le souligne Philippe Delerm dans une de ses nouvelles, Panier de fruits dont je n'ai fait qu'une bouchée. Il y conte le parcours d’un rédacteur de formules appétissantes qui prennent le consommateur par les papilles et le poussent à acheter le produit vanté, souvent aveuglement. Le personnage en question est habité par le désir ardent de réussir financièrement à coups de mots percutants: slogans publicitaires, titres de journaux et chansons populaires, tout est bon. On y retrouve la douceur d'un Delerm avec une pointe acidulée d'humour. Depuis la lecture de cette nouvelle, à l'écoute de mes sens, j'aime à dénicher les plus savoureuses étiquettes: yaourts, biscuits, vins, plats cuisinés...sans modération. La littérature est partout quand les mots éveillent l'imaginaire. Une fois conquise par ces quelques lignes, il ne me reste plus qu'à comparer le portrait tout en mots du produit à ce qu'il a vraiment dans le ventre. Un exercice parfois bien décevant. J'ai en mémoire l'accroche d'une bouteille de vin qui avait éveillé ma gourmandise: "Avec sa robe or et sa texture opulente envahissant le palais de ses saveurs veloutées, ce grand vin d'Alsace émerveille par l'intensité de sa palette aromatique fruitée et florale (rose, pêche et litchi), subtilement épicée." Rien qu'à la lecture j'ai l'impression que l'ivresse me gagne avant même d'avoir débouché ce Gewurztraminer. Tous les arômes promis valsent déjà sur mes papilles d'automne grâce au pouvoir évocateur des mots. Pourtant le vin se révéla piquant et âpre en bouche. Parfois les mots enivrent bien davantage que le vin.
* Comme tous ceux qui vénèrent les mots, j'aime à me rendre en leurs temples: bibliothèques, librairies et bouquinistes. La bibliothèque que j'ai fréquenté le plus assidûment fut celle de l'université. C'était un lieu de ferveur où je me désolais de ne pouvoir me frotter qu'à une partie infime du savoir qu'elle renfermait en ses millions de pages. Je ne manque jamais de pousser les portes des libraires quand je me rends en ville. Ma préférée est spécialisée en ouvrages de jeunesse. D'abord, je me laisse allécher par sa vitrine dont la poésie aiguille déjà mes envies. A peine le seuil franchi, la sélection de cartes colorées fait renaître des envies de correspondances suivies, la caresse d'une plume sur le grain du papier finit par manquer à tant pianoter sur un clavier. Un sourire et je furète, feuillette, hume, effleure, caresse et me laisse guider par ce que chaque livre me murmure. Ils me parlent de rêves, d'évasion et de voyages, de beaux voyages embarquée sur les mots, emportée par les images. Il est difficile de leur résister. Si on me demande ce que je cherche et est ce que j'ai besoin d'aide, je secoue la tête, ajoute un sourire poli et m'en retourne à ma transparence. Je m'efface. J'attends qu'un livre me parle, m'appelle. Je ne cherche pas, je suis trouvée. La couverture d'abord, satinée, embossée, le grain des pages, la caresse, un mot, une phrase cueillie ici ou là, l'accroche au dos, un parfum. La rencontre se fait d'abord par les sens. Et puis la magie fait son oeuvre après, chez soi, ou pas. Chez les bouquinistes opère une alchimie un peu différente entre livres et lecteurs. Ce sont des lieux de hasard et de destins croisés. Tantôt à genoux, tantôt sur la pointe des pieds, entre deux piles en équilibre précaire, on explore, on furète, on déniche, on tente. Les livres qu'on y trouve portent deux histoires, la leur et celle de leurs précédents lecteurs pour peu qu'ils soient un peu comme moi. Neuf, ancien, offert, prêté, si un livre me tient j'aime y mettre aussi un peu de moi, un peu de mes jours, un grain de mon quotidien. S'il me semble logique qu'à sa lecture un livre s'inscrive en nous et nous laisse sa marque, l'inverse est également vrai. Le livre prend vie en se frottant à notre quotidien. La petite miette de biscuit ici, la goutte d'huile de bain parfumée là, les grains de sable qui gaufrent les pages, les coups de crayons pour baliser notre chemin et se souvenir de notre voyage d'un simple coup d'oeil sont autant de marques qui tiennent de l'intime communion entre le lecteur et l'ouvrage. Le quotidien se tisse à l'imaginaire et inversement. Les livres marquent de leur empreinte différents moments de notre vie. Barjavel illumine la mémoire d'une adolescence passionnée où s'esquissait déjà notre vie à deux. Lilian Jackson Braun et ses chats rappellent à moi la caresse du sable sur la plage de ma ville natale. Avec Robin Hobb et Fitz l'apprenti assassin, je suis sous la toile en Dordogne. Le trône de fer de George Martin s'inscrit dans ma mémoire tel un échappatoire aux impératifs des jours gris pour lesquels je ne me sentais pas bien armée. Quant aux écrits de Philippe Delerm, ils incarnent la douceur feutrée de l'automne. Et si lors de mon séjour en Corrèze les maisons de granit et d'ardoise m'ont toutes semblé taire une histoire à la fois dramatique, sublime, inquiétante et indiciblement fantastique alors qu'elles me chuchotaient frissons et merveilles, la compagnie des écrits de Neil Gaiman n'y était certainement pas pour rien. J'aime garder la trace de mes lectures mais je ne sais guère en parler. J'ai ce handicap, ce complexe une fois l'ouvrage terminé. Mes mots ne seraient pas à la hauteur, que le livre m'ait plu ou non, mes mots le trahiraient. Ce n'est pas vraiment en parler et le décortiquer qui m'intéresse car la lecture est une aventure intérieure et intime qui ne saurait être exactement la même à chacun. Si j'évoque mes lectures ici et là, c'est pour prolonger un peu le voyage avec l'espoir de communiquer mon engouement afin que les mots qui  m'ont émue voyagent jusqu'à d'autres chevets où ils s'épanouiront encore en rêves, réflexions et émotions, ainsi l'histoire ne finit jamais. Car c'est à chaque fois la même chose, lorsque l'on avance vers la fin d'un livre qui nous a porté, remué, enchanté,  se mêle alors l'impatience de le terminer pour en connaître le dénouement et le petit pincement au coeur causé par l'annonce de la séparation. Une fois la dernière ligne lue, on se sent toujours un peu orphelin, chassé du monde dans lequel nous étions plongé avec délice, chassé de notre refuge. Alors se dire  que d'autres en pousseront la porte et que tout recommencera encore a quelque chose de réconfortant. Le partage est important en matière de lecture. Partage et imaginaire sont les grands rouages de ces mondes parallèles.
*Lorsque j'étais petite, on me lisait souvent des histoires avant que je ne m'endorme. Moments privilégiés. Ma collection de livres pour enfants n'était pas très fournie. Au fil du temps, elle a été enrichi de quelques abonnements qu'on m'avait choisis:
* une collection classique de gros gros livres de contes
* une série un peu délaissée du club du livre disney
* mes mensuels adorés de raconte moi des histoires.
Nous avions aussi de grandes piles de vieux numéros du journal de Mickey, que je lisais parfois à la suite de mes frères.
Je ne me souviens pas être allée dans une bibliothèque avant l'adolescence et de mon propre chef.
Ça me suffisait. Les histoires m'étaient familières et j'aimais les entendre à répétition.

   Avant de quitter la maison pour l'université j'ai eu besoin de me délester de ces vestiges d'enfance et j'ai tout cédé pour trois bouchée de pain lors d'un été brocantes
   Un o9613823_mu deux ans plus tard ils m'ont manqué et j'ai tout fait pour les retrouver. Je les ai racheté pour 3 francs six sous ici et là, bouquinistes et brocantes. Lors de mes années étudiantes, j'ai été animée d'une irrépressible frénésie de lettres et de papier. J'ai capitonné notre deux pièces de livres en tous genre. Ils formaient des rangs serrés de folies, de rêves, d'évasion, de sagesse et de savoir, tout le long des murs. J'avais même conçu des petits présentoirs pour exposer mes préférés du moment et encadré de rouge les portraits noir et blanc de mes auteurs favoris. Certains de passages ici se souviendront surement de cet appartement dont chaque coin était investi, chaque recoin habité  mon petit cabinet des curiosités.
Lors d'un séjour dans mon foyer de coeur Californien, je revenais une valise pleine de littérature. L'anglais dans le texte, c'est ce que je cherchais surtout, et à l''époque il n'était pas si facile de s'en procurer à moindre coût.
C'est à cette même époque que j'ai découvert le bookcrossing et sa communauté d'amoureux des mots. Livres conseillés, offerts, échangés, libérés. Je me souviens du petit frisson quand le déposais un livre dans un lieu public pour l'offrir au hasard en lui espérant un lecteur. Je me souviens de mon témoignage publié dans le biba de septembre 2003 et repris un matin à radio france m'avait dit une amie; je me souviens avoir été un peu fébrile avant l'entretien pour la voix du nord; et là dans la Belgique libre, le coup du Barjavel dans le congélateur de supermarché, cétait moi.
J'ai donc commencé à acheter encore plus de livres d'occasion, juste pour les échanger, les partager, les offrir au nom du bookcrossing. Nous étions déjà bien calfeutrés dans le papier, nous avons alors été vite envahis.
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L'idée m'est venue de combiner loisirs et gagne pain, et les livres qui ne retenaient pas mon attention mais que je parvenais à me procurer pour presque rien en chinant et fouinant, je les revendais en ligne. Ma petite boutique a pris de l'ampleur assez rapidement. Lorsque nous avons quitté le petit deux pièces pour notre première maison, je l'ai installée dans les plusieurs mètres carrés du grand dressing. En 6 ans j'ai dû vendre environ 3000 livres et  bricoles. C'était comme un second emploi, un emploi de papier et de voyage, un emploi où chiner, emballer, peser, timbrer. C'était comme jouer à la marchande mais pour de vrai et à travers le monde. La bosse du commerce et des voyages, un héritage paternel en quelque sorte J'ai envoyé des ouvrages par delà les mers et les océans, jusqu'au au Japon je me souviens. J'aurais aimé avoir une carte du monde où se serait allumé un petit point partout où j'aurais envoyé un livre. Ça aurait formé un large réseau de mots et de lumière. La petite boutique a mis du beurre dans les épinards aussi. Peu à peu je me constituais un catalogue de références de titres rares et recherchés pour lesquels garder l'œil ouvert. Mes horaires d'enseignante me permettaient de faire l'ouverture des emmaus une à deux fois par semaine. Les gens se pressaient contre les portes de tôle cadenassées, fébriles, prêts à s'écraser, à se lancer dans le sprint aux bonnes affaires. Là bas les livres de poche ne me coutaient même pas 10 cts l'unité. J'en revenais avec une ou deux caisses pleines chaque semaine, mon stock était en perpétuel évolution et j'avais bien une demi douzaine de commandes  chaque jour. Ça me demandait beaucoup de temps mais j'aimais ça. Je faisais mes petits paquets devant la télé, j'y glissais un bonbon et j'affranchissais avec de jolis timbres de collection.
Lorsque nous sommes arrivés dans le Poitou il y a trois ans il m'a été impossible de continuer à achalander ma boutique. J'avais perdu mes bonnes adresses et les brocantes n'étaient pas aussi nombreuses et fourmillantes que dans le nord. Et bien sûr, le temps chrysalide de la grossesse et celui fort occupé de ces deux premières années papillonnées ont fait passer la boutique au second plan. Fermée longtemps et puis reprise doucement. Quand il a été question de déménager encore je me suis résolue à libérer l'espace que ces centaines de livres occupaient, pour un un lieu de vie peut être plus petit, pour qui-sait-un-jour un autre enfant.
Voici mes livres éparpillés, certains ont été repris par une grande enseigne à la ville, d'autres sont allés étoffer les étagères des bouquinistes de la cité de l'écrit, tout un gros cartons  composé principalement de livres étiquetés bookcrossing, livres voyageurs s'il en est, va bientôt s'embarquer pour un long voyage en mer jusqu'en Tasmanie au sud de L'australie.
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Les 1000 livres qui me restaient encore ont fait l'objet d'une petite annonce pour un départ groupé, ils sont partis hier et cet hiver relieront en voiture le Poitou au Burkina Faso où ils participeront à la création d'une bibliothèque communautaire. Cela me réjouit au plus haut point. Je n'aurais pu espérer mieux pour "tourner la page".
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Des livres nous en avons encore beaucoup, bien alignés par centaines, souvenirs écornés d'évasions passées, promesses d'aventures à venir. Nous aurions du mal à nous en séparer. Ils tapissent tout un mur du salon et se tiennent là dans le souvenir et l'attente, témoins de notre quotidien.
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Et vous? Comment cohabitez vous avec les vôtres?
* Plus grand encore que le plaisir de me plonger dans un livre, est le bonheur de voir mes enfants les découvrir et par leur biais ouvrir leurs premières portes sur ces ailleurs, ces « et si » Entre leurs mains, les livres conjuguent éveil et merveilles. Ils sollicitent leurs sens, aiguisent leur curiosité et nourrissent leur imagination. Avec l'appétit démesuré pour la vie propre à la petite enfance, les livres, ils les dévorent, au sens propre comme au figuré. Ils les caressent aussi, les grattouillent et leur parlent comme à des intimes. Il y a les livres préférés, ceux qui font rire et ceux qui se racontent encore et encore même une fois refermés. Notre quotidien en est tout feuilleté. Il est vrai que l'arrivée de jumeaux a sensiblement diminué mon propre temps d'évasion de papier  mais je me console en voyant cette passion à présent partagée.
* La musique est aussi de ces plaisirs qui rythment notre quotidien. Elle nous met au diapason avec la vie qui nous traverse. Douce, endiablée, allègre, sombre, habitée, engagée ou légère, elle entre en résonance avec nos bleus à l'âme ou notre cœur bonheur. Certains instruments nous émeuvent particulièrement, la piano et l'harmonica pour moi. Entrainés par elle, on sifflote, on chantonne, on fredonne, mais quand on chante ... ah quand on chante... Par le chant, le corps s'oublie, se grise et devient musique. Il n'est plus que vibration, souffle et résonance. Il se libère du reste pour se faire l'écho de l'âme et s'accorder au monde. Le chant recentre. La musique unit. Chez nous elle se partage. Il y a Papapillon qui n'en a jamais assez. Il nous fait découvrir de jolies choses (Sigur Ros, Madrugada, Mojave, Eluvium)  et nous en impose d'autres (Nico, GodSpeed you Black Emperor, Sonic  Youth).  Il y a ces artistes de mon choix que je ne me lasse pas d'écouter sur nos petits trajets en trio (Ben Harper, Lisa Heckdahl, Enya, Joseph Arthur, Madeleine Peyroux ou Keren Ann.) Il y a aussi les comptines qui se sont invitées depuis la naissance de Lynn et Maxime. La mémoire rafraichie par les clipounets, elles ne nous ont plus quittés. Comptines, chansonnettes, fabulettes, il y a toujours un petit air qui traîne, sur un coin de table à langer pour distraire, entre deux larmes pour apaiser, à tout moment pour amuser ou câliner, en DVDs, j'avoue, pour avoir la paix (seulement une fois fatigués et lassés par plein d'interactivité libre et ciblée ) On y associe maintenant les premiers petits dandinements. C'est la danse propre à l'enfance, la danse jubilatoire, pleine d'excès et d'impossibles envolées ... impossibles, presque. Un petit air et Maxime accourt vers moi, bras tendus. Il plante ses yeux gris-bleu dans les miens et m'adresse le petit sourire entendu du plaisir anticipé et complice. On valse, pirouette et tourbillonne dans des éclats de rire. La danse se fait aussi câline parfois. Frère et soeur se lancent maintenant dans le chant. Ils unissent souvent leur voix à la mienne et s'exercent aussi seuls. Tout petits pépins de pommes qu'ils étaient, j'aimais à penser que les soirs de chorale c'était fête dans leur petite bulle amniotique.
La musique est magie, toujours, et dans mon enfance elle fut féerie. Mon imaginaire était habité par une voix, celle qui me parlait Jeannot Lapin, de Croque Monsieur le croco, de Mademoiselle Miaou, du Dragon bleu, de la Cigogne Francette et de Monsieur le Chêne. Quand j'étais petite, mon papa m'entraînait aux questions réponses de l'Ecole des Fans où je gardais l'espoir de chanter devant mon idole dont je connaissais tout le répertoire. Je n'ai jamais été retenue pour l'émission mais nous tissions notre complicité autour de ces répétitions familiales: «Elle fait quoi à manger ta maman?» «Elle est gentille la maîtresse?» «C'est quoi le travail de ton papa?» Le jour de mes cinq ans, mon père me hissait sur la scène du Soulier qui Vole et j'arrivais la première dans les bras de Chantal Goya, voilà qui marque une enfant (et voir les lapins ôter leur tête en coulisses aussi je suppose, ou me serais-je crée ce souvenir de toute pièce?) Les spectacles avaient lieu chez moi en représentations uniques devant mon tourne disque, souliers vernis qui claquent. Presque trente ans plus tard, voilà Lynn et Maxime qui passent des Clipounets au Soulier. Je leur décline Marie Rose sur tous les modes et ils aiment ça. Ils s'attendrissent sur les enfants du père Perlimpinpin, lèvent les bras au ciel pour l'envol du soulier, miment la marionnette à fils et adulent le Chat Botté. Je revisite le pays de mon enfance et lis sur leur visage l'écho de mes émerveillements passés. Tout m'est familier.
Bien avant leur naissance je suis retournée voir Chantal Goya sur les planches comme par fidélité et avec beaucoup d'émotions. Légère euphorie, douce nostalgie, je m'y attendais; mais quand ma gorge s'est serrée à son entrée sur scène et que je me suis mise à pleurer, j'ai été plutôt surprise de la dimension que prenait soudain ce retour vers le passé. Revisiter son enfance émeut forcement. Ces chansons sont les petites graines de magie plantée dans le riche terreau de l'enfance et dont les fleurs continuent de s'épanouir pour le reste de la vie.
Aujourd'hui, Marie Rose est revenue. Elle s'est installée dans mon salon avec la famille Micky, le papa-millepattes, Docteur Sirop et son ami le Pélican. La magie en héritage, comme ma maman je m'émerveille à leurs côtés et accorde une dimension spéciale à toutes ces émotions musicales. J'espère les emmener voir la magie s'opérer sur les planches peu après leur deuxième anniversaire car la fée est en tournée. Il y a vingt huit ans j'assistais à mon premier spectacle. C'était le jour de mes cinq ans. Suite à cet événement mon père avait rédigé un courrier à l'intention de l'artiste. Il était alors à peine plus âgé que moi aujourd'hui. Nous en avons gardé une copie dans ma boite à trésors. Voici ce qu'il y est écrit:  «Il était une fois une petite fille très sage qui vivait avec ses parents et ses animaux dans un petit village du Calaisis. Comme cette petite fille était gentille et douce, sa maman, pour la récompenser lui offrait de temps en temps des disques d'une chanteuse merveilleuse que la petite fille écoutait religieusement. Puis, la télévision eut la très bonne idée de programmer «Le Soulier qui Vole», un conte qui fait rêver les enfants. Bien sûr la petite fille regarda ce spectacle avec des yeux émerveillés mais les meilleures choses ont une fin et les yeux embués de larmes, la petite fille pleurait au générique de fin. Comprenant le chagrin immense de la petite fille, son papa lui promit, sans croire cependant qu'il pourrait la tenir, d'aller voir un jour Marie Rose. Ce rêve insensé, son papa pût l'offrir à sa petite fille car, un coup de téléphone de Thierry Le Luron, sur France inter, apprit au papa que Chantal Goya se produirait à Lille le 8 novembre.... Mais le 8 novembre n'était-ce pas le jour anniversaire de la petite fille!!!!! (5 ans) Quelle merveilleuse joie! Le grand jour arriva enfin et les cadeaux n'intéressèrent guère la petite toute émue d'approcher enfin son idole. Le spectacle fut formidable et tous les enfants, ces petits êtres qui ne trichent pas, firent une ovation monstre à Marie Rose et son soulier qui vole. Mais, il était dit que le conte de fée ne s'arrêterait pas là puisqu'à la fin du spectacle, la petite Vanessa fût la première à monter sur la scène et Chantal Goya lui ouvrit les bras en la serrant très fort. Imaginez ce moment intense de la fée et l'enfant, vraiment ce conte merveilleux, je ne l'oublierai jamais et la petite fille très sage non plus, ce fût le plus beau jour de sa vie, merci Chantal, merci du fond du coeur.»
 Initiée à la magie de l'imaginaire dès l'enfance, je m'en suis fait un héritage que je délivre aujourd'hui à mes enfants avec un plaisir décuplé.




Bémol:
Je suis attachée à tous ces petits plaisirs, assurément, et je suis persuadée que dans nos jours les plus contrariés on peut tous trouver de ces petits instants illuminés, même si on ne les voit pas toujours. L'importance que je leur accorde ne m'empêche pas d'être ronchonne ou chagrin. Une humeur un peu sombre et inexpliquée vient parfois faire pencher la balance en défaveur du bonheur. Il suffit d'un rien, une nuit écourtée, un plat raté, un reproche répété, un oubli, un silence. On me connaît colères, cris, rancœurs et indifférences. Un sombre papillon de nuit se pose parfois sur mon coeur. Je suis oubli, égoïsme et rage. Je suis brouillonne et désordonnée. Forces et faiblesses alternées. Je le sais. Tous ne peuvent pas l'accepter. Ombres et lumières font de nous des êtres de chaires.

Et vous? Quels sont vos petits plaisirs?


3 commentaires:

Anonyme a dit…

c'est bien évoqué . j'ai l'impression d'avoir vécu une année entière en 10 mn ! j'en suis encore toute essoufflée ! superbe ,il y a longtemps que je m'étais dit de lire ce texte magnifiquement écrit ;

Ms J. a dit…

Merci :)
Mais vous le connaissiez déjà en fait :)

Anonyme a dit…

je ne m'en souviens plus !mais c'est bon de le relire comme tu pourrais le faire plusieurs fois avec un livre que tu as apprécié !