Oui, le printemps fut beau en Dordogne, nos deux pommes d'amour pour seul étendard sur cette terre de mémoire et de souvenirs. Mais de toutes les saisons, c'est l'automne que je préfère. Née le huitième jour de novembre, je suis la fille d'un petit matin mordoré à l'aurore de cuivre. Par le passé, ce jour anniversaire sonnait comme un point d'exclamation dans le calendrier et marquait un temps d'arrêt pour faire le tour de ma personne d'un pas dansant et léger sur un air enjoué, un jour à part où me fêter. Dès le réveil il y avait ce petit quelque chose qui vibrait dans l'air et faisait de ce 8 un jour comme nul autre pareil. Tout en était transformé, cristallisé. Si je venais à entendre cette date au hasard de mon quotidien, c'était comme une incantation magique qui ne parlait qu'à moi.
L'automne dernier, ce sentiment a glissé vers autre chose. Même saison, nouvelles lignes de vie, le 8 novembre a trouvé d'autres résonances. Il prend de l'écho. A présent, je le considère plutôt comme un point de convergence à partir duquel remonter la trame de destins croisés. Le mien, le sien, les leurs. C'est ce "1+1=4" qui ne serait pas sans le 8/11. Je remonte le fil de la maternité et trouve que c'est plutôt ma mère qu'il faudrait fêter pour cet anniversaire.Les fleurs de mon présent plongent en effet leurs racines dans des souvenirs d'enfance cousus de magie. Derrière les pas de ma mère, c'est le merveilleux qui s'ouvrait à moi. A ses côtés, les chuchotements des esprits de la nature se laissaient écouter, les jouets prenaient vraiment vie la nuit. Noël, Pâques, tous les anniversaires, des rendez-vous attendus auxquels elle donnait âme. Il y eut aussi tous ces petits plaisirs auxquels elle œuvrait au quotidien et qui rendaient la vie grande: Le petit train sandwich du goûter; les promenades à vélo, moi chantant à tue tête sur le porte bagages, un bouquet de fleurs des champs à la main; les après midi plage et les petits crabes en observation dans mon seau; aller aux mûres et le parfum des confitures. Je me souviens d'une maman aux doigts de fée qui me communiqua l'étincelle de la création. Esprit de la nuit qui terminait mes ambrée qui éclairait son visage alors que sous ses doigts prenait vie mon Pierrot de chiffon. Je me souviens de mes souliers vernis qui dansaient le jour de son remariage. Les saisons se sont succédées et déjà nous voilà aujourd'hui. Maman à mon tour, je sens mon cœur à la fois grandir et se serrer pour mes petites pommes, tout comme celui de ma mère a du le faire pour chacun de ses enfants si désirés. Bien sûr il y eut des moments chagrins, la vie qui chiffonne, piétine et déchire, mais il ne faut pas oublier les petits bonheurs tissés au quotidien, au fil des saisons, ces joies simples qui nous ont fait grandir et que nous partageons à notre tour avec nos enfants, avec tous les petits enfants de la famille, ceux là même qui ne seraient pas si elle n'avait pas eu ce profond désir de maternité et d'amour partagé.
8 novembre en 2008, je me souviens, même saison, nouvelle équation: Le point d'exclamation s'étire, il regarde en arrière, il regarde en avant, il devient cercle. Rond comme le ventre d'une mère qui vient ponctuer sa ligne de vie. L'anniversaire devient point de convergence où se fondent plusieurs destins.
Soudain, cette pensée m'inquiète. Du haut de mon point d'exclamation, je ponctuais ma vie à ma guise. Alors que celui ci s'efface, et si c'était un peu de moi qui partait avec lui?
Dans le cercle de la maternité, il est difficile d'ancrer le soi dans un ici et maintenant exclusivement personnel. Toujours, notre cœur bat à l'unisson du leur. On s'inquiète de leur bien être. On anticipe leurs besoins. On ne songe plus au singulier. L'amour en général se conjugue au pluriel, mais les liens maternels ont une règle un peu à part qui fait que le JE s'efface entièrement devant EUX. Dans le couple la conjugaison alterne, un peu de TU, un peu de JE, beaucoup de NOUS. On est flexible. Avec ses petits à soi, c'est le TU (X2) qui prime. Emportée, effacée, je ne suis plus, je me sens Je me sens brume parfois. Je disparais. C'est un état d'âme, mais à bien y regarder tout en moi en est affecté. Ma silhouette de jadis n'est plus. Elle a été gommée à gros traits. Mes vêtements ne font plus l'office recherché de faire valoir, les voici devenus bavoirs. Nuits/ jours, le temps même a, pendant toute une année, perdu ses repères. Tout s'efface.
Je m'inquiète.
Pourtant sous le microscope de l'introspection, on découvre bien la trépignante danse frénétique du vindicatif petit MOI. On le voit sauter sur place et agiter les bras pour brandir ses messages: "MOI MOI MOI!!!"
MOI veut lire. MOI veut dormir. MOI veut sortir. MOI veut écrire. MOI veut grasse matinée ...
Souvent, il faut le malmener, le bâillonner, l'étouffer.
Est-ce que MOI disparaît?
Entre deux brasses (parce que MOI a parfois droit à une séance balnéo et que MOI n'est pas tant à plaindre que ça) soudain la réponse s'impose:
NON.
Je ne disparais pas. Je me fonds. Je distille mon être en eux à la chaleur de notre amour. Je deviens le terreau de leur petite enfance pour qu'avec un peu de MOI (de NOUS) ils fassent éclore leur "JE" à eux, et qu'un jour de fiers points d'exclamation de mars, ils deviennent cercles à leur tour.
Au lendemain de ce jour anniversaire au nouveau visage, Lynn devance le réveil de son frère qui a fait la java une partie de la nuit. Un autre de ces petits matins, trop fatiguée pour une tétée assise dans sa chambre. Envie d'une tétée au creux de la couette.
Pour ne pas gêner Monsieur c'est dans le parc que j'établis notre camp.La maison dort. Pieds nus dans la salon, vite faire place au milieu des jouets, disposer couette et oreiller.Allongées là toutes les deux nous partageons le bonheur du jour nouveau dont l'aurore frémit à peine. Pour nous faire un tout petit peu de clarté j'ai tamisé les lumières.
J'ai l'idée de regarder autour de moi avec leurs yeux à eux. De quoi ça a l'air notre chez nous depuis leur parc?
Je souris:
Rectangles et cercles:
Rectangles de la porte fenêtre , du "petit" écran, des rangées de livres. rectangles sur l'ailleurs.
et Cercles: cercles de lumière ambrée, cercle du grand miroir qui porte le reflet des scènes domestiques qui se jouent ici au quotidien. Le cercle du Home sweet home comme des bras qui se referment dans une longue et douce étreinte maternelle au petit matin.
Peu importe le jour, le mois, l'année, désormais les plus belles saisons seront toutes celles que nous partagerons.
(2008-2009)
L'automne dernier, ce sentiment a glissé vers autre chose. Même saison, nouvelles lignes de vie, le 8 novembre a trouvé d'autres résonances. Il prend de l'écho. A présent, je le considère plutôt comme un point de convergence à partir duquel remonter la trame de destins croisés. Le mien, le sien, les leurs. C'est ce "1+1=4" qui ne serait pas sans le 8/11. Je remonte le fil de la maternité et trouve que c'est plutôt ma mère qu'il faudrait fêter pour cet anniversaire.Les fleurs de mon présent plongent en effet leurs racines dans des souvenirs d'enfance cousus de magie. Derrière les pas de ma mère, c'est le merveilleux qui s'ouvrait à moi. A ses côtés, les chuchotements des esprits de la nature se laissaient écouter, les jouets prenaient vraiment vie la nuit. Noël, Pâques, tous les anniversaires, des rendez-vous attendus auxquels elle donnait âme. Il y eut aussi tous ces petits plaisirs auxquels elle œuvrait au quotidien et qui rendaient la vie grande: Le petit train sandwich du goûter; les promenades à vélo, moi chantant à tue tête sur le porte bagages, un bouquet de fleurs des champs à la main; les après midi plage et les petits crabes en observation dans mon seau; aller aux mûres et le parfum des confitures. Je me souviens d'une maman aux doigts de fée qui me communiqua l'étincelle de la création. Esprit de la nuit qui terminait mes ambrée qui éclairait son visage alors que sous ses doigts prenait vie mon Pierrot de chiffon. Je me souviens de mes souliers vernis qui dansaient le jour de son remariage. Les saisons se sont succédées et déjà nous voilà aujourd'hui. Maman à mon tour, je sens mon cœur à la fois grandir et se serrer pour mes petites pommes, tout comme celui de ma mère a du le faire pour chacun de ses enfants si désirés. Bien sûr il y eut des moments chagrins, la vie qui chiffonne, piétine et déchire, mais il ne faut pas oublier les petits bonheurs tissés au quotidien, au fil des saisons, ces joies simples qui nous ont fait grandir et que nous partageons à notre tour avec nos enfants, avec tous les petits enfants de la famille, ceux là même qui ne seraient pas si elle n'avait pas eu ce profond désir de maternité et d'amour partagé.
8 novembre en 2008, je me souviens, même saison, nouvelle équation: Le point d'exclamation s'étire, il regarde en arrière, il regarde en avant, il devient cercle. Rond comme le ventre d'une mère qui vient ponctuer sa ligne de vie. L'anniversaire devient point de convergence où se fondent plusieurs destins.
Soudain, cette pensée m'inquiète. Du haut de mon point d'exclamation, je ponctuais ma vie à ma guise. Alors que celui ci s'efface, et si c'était un peu de moi qui partait avec lui?
Dans le cercle de la maternité, il est difficile d'ancrer le soi dans un ici et maintenant exclusivement personnel. Toujours, notre cœur bat à l'unisson du leur. On s'inquiète de leur bien être. On anticipe leurs besoins. On ne songe plus au singulier. L'amour en général se conjugue au pluriel, mais les liens maternels ont une règle un peu à part qui fait que le JE s'efface entièrement devant EUX. Dans le couple la conjugaison alterne, un peu de TU, un peu de JE, beaucoup de NOUS. On est flexible. Avec ses petits à soi, c'est le TU (X2) qui prime. Emportée, effacée, je ne suis plus, je me sens Je me sens brume parfois. Je disparais. C'est un état d'âme, mais à bien y regarder tout en moi en est affecté. Ma silhouette de jadis n'est plus. Elle a été gommée à gros traits. Mes vêtements ne font plus l'office recherché de faire valoir, les voici devenus bavoirs. Nuits/ jours, le temps même a, pendant toute une année, perdu ses repères. Tout s'efface.
Je m'inquiète.
Pourtant sous le microscope de l'introspection, on découvre bien la trépignante danse frénétique du vindicatif petit MOI. On le voit sauter sur place et agiter les bras pour brandir ses messages: "MOI MOI MOI!!!"
MOI veut lire. MOI veut dormir. MOI veut sortir. MOI veut écrire. MOI veut grasse matinée ...
Souvent, il faut le malmener, le bâillonner, l'étouffer.
Est-ce que MOI disparaît?
Entre deux brasses (parce que MOI a parfois droit à une séance balnéo et que MOI n'est pas tant à plaindre que ça) soudain la réponse s'impose:
NON.
Je ne disparais pas. Je me fonds. Je distille mon être en eux à la chaleur de notre amour. Je deviens le terreau de leur petite enfance pour qu'avec un peu de MOI (de NOUS) ils fassent éclore leur "JE" à eux, et qu'un jour de fiers points d'exclamation de mars, ils deviennent cercles à leur tour.
Au lendemain de ce jour anniversaire au nouveau visage, Lynn devance le réveil de son frère qui a fait la java une partie de la nuit. Un autre de ces petits matins, trop fatiguée pour une tétée assise dans sa chambre. Envie d'une tétée au creux de la couette.
Pour ne pas gêner Monsieur c'est dans le parc que j'établis notre camp.La maison dort. Pieds nus dans la salon, vite faire place au milieu des jouets, disposer couette et oreiller.Allongées là toutes les deux nous partageons le bonheur du jour nouveau dont l'aurore frémit à peine. Pour nous faire un tout petit peu de clarté j'ai tamisé les lumières.
J'ai l'idée de regarder autour de moi avec leurs yeux à eux. De quoi ça a l'air notre chez nous depuis leur parc?
Je souris:
Rectangles et cercles:
Rectangles de la porte fenêtre , du "petit" écran, des rangées de livres. rectangles sur l'ailleurs.
et Cercles: cercles de lumière ambrée, cercle du grand miroir qui porte le reflet des scènes domestiques qui se jouent ici au quotidien. Le cercle du Home sweet home comme des bras qui se referment dans une longue et douce étreinte maternelle au petit matin.
Peu importe le jour, le mois, l'année, désormais les plus belles saisons seront toutes celles que nous partagerons.
(2008-2009)
3 commentaires:
Magnifique..
Et tellement bien écrit!
Très émouvant.
Solsken
Tu as dis des choses que je ressens au plus profond de moi, que jamais je ne pourrais exprimer aussi bien. Te lire est pour moi un réel moment de plaisir. Merci pour tout ce que tu partages et que tu me permets de découvrir, même vis-à-vis de moi-même. Je suis contente de t'avoir croisé un jour sur la toile ;)
Cat & les chatons
ça me touche beaucoup M'dame redhotchiliCHatons. Me semble aussi que nous avons pas mal en commun, et pas que la gémellité en notre portée. La différence c'est que tu es mamanpuissance4, alors que je gère à peine avec ma puissance2.
Ton petit mot ici m'a donné l'occasion de relire ces brides de pensées datant d'il y a déjà 4 ans. Comme tout a changé depuis,ou presque ou pas. J'en suis à un stade fort embrouillé, celui où le point d'exclamation se débat pour resurgir mais se prend souvent les pieds dans le cercle. Il s'écrase la tronche et se trouve à ras de terre, biscornu et tellement faillible qu'il se prononce ligne ou cherche à retrouver ses arrondis... Je pense que les parenthèses que se poseront dans deux semaines et pour 16 jours seront bénéfiques à tous, peut être même que je trouverai des mots plus habiles pour habiller les sentiments.
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