Les enfants à l'école, je savais depuis la veille comment j'allais vivre cette matinée, bien remplie, à vive allure, comme le reste de la journée.
* Traverser la campagne de brume jusqu'à la forêt pour y glaner branchages et pommes de pin à l'approche des fêtes. Senteurs de sève et d'humus. En faire une tradition en y revenant pour la seconde fois et répéter les gestes de l'an passé, sécateur à la main. Ce n'est pas tout à fait comme aller chercher son arbre de Noël en forêt, mais ça s'en approche. Entre souches et fourrés, couvrir la distance qui nous sépare de l'arbre jaugé, dans un bruit de feuilles retournées, choisir sa nuance de vert et sa longueur de branche, en pensées présenter sa requête à l'arbre centenaire dont on convoite la frange de robe pour parer notre maison de son vert persistant. Sentir le froid l'emporter un peu plus et se faire l’Hérault de la neige, plus très loin, à la porte de l'hiver. Songer aux mises en garde, et choisir cette page de bonheur en forêt plutôt que la peur retranchée.
Regagner la ville drapée de brumes. Entre ses voiles, deviner les ruines du château, comme des souvenirs ébauchés. Et l'écho d'une petite voix en ma mémoire:
"Pourquoi il est cassé le château?"
"Parce que les rois ils se sont fâchés, Max. Ils se sont mis en colère au lieu de parler."
"Pourquoi?"
De jolis timbres de fête à la poste.
Les derniers tubes d'homéopathie en commande à la pharmacie.
Des produits frais au supermarché.
Un nouveau manteau pas trouvé, mais des chaussons chauds et pour les enfants, des chaussettes de ski. Quelques accessoires pour la séance photo de Noël devenue tradition avec Sophie, qui sera à planifier assez vite.
Un saut à la maison pour mettre les lasagnes au four et les petits à récupérer.
Et sieste, il y aura aujourd'hui. Ce qui est devenu relativement rare (de l'ordre de 1 fois sur 3 à la maison)... mais tellement nécessaire aux parents, surtout à l'approche de Noël, temps des secrets à mitonner dans leur dos. Jamais paquets cadeaux ne furent aussi mal faits, mais à leur réveil les 24 étaient terminés. Max aura les impairs et Lynn les pairs, à cela viendront s'ajouter les calendriers remis par l'école (à ouvrir au petit déjeuner), celui acheté par papa parce que les kinder c'est trop bon (à ouvrir au goûter avec celui des cadeaux) et ceux de grand maman pour qui cette tradition compte beaucoup.
Petits cadeaux de l'Avent glanés tout au long de l'année, en été en particulier, lors des brocantes.
Lynn aura des paillettes pour le 24, coquetterie du réveillon, qui, je me souviens, m'enchantait quand j'étais enfant.
Il est également à noter que lors d'une sortie éclair (elles sont rares car la demoiselle n'apprécie ses sorties que si la porte reste ouverte et lui permet le replis en cas de danger) Misty a goûté à son premier oiseau, un rouge-gorge. Je l'ai vu fondre sur une petite forme sous un taillis, j'ai jailli derrière elle "Misty!" Surprise, elle s'est détournée de l'oiseau pour me regarder. Je crois qu'il me restera longtemps gravé l'image de son port de tête altier et ses yeux bleus ouverts ronds sur moi comme étonnée de son propre exploit confirmé par le toupet de plumes qui dépassait de sa gueule. Le chat renvoyé à ses pénates, l'oiseau a été retrouvé en était de choc sous le buisson. Sachant ma voisine son amie (elle aimait raconter l'année dernière son plaisir à le nourrir de miettes de brioche pour le goûter) je suis allée sonner à sa porte pour le lui confier. Ils ne donnaient pas cher de sa peau, mais quelques heures plus tard, le cœur plus vaillant que jamais sous son poitrail tout de rouge emplumé, l'oiseau repartait à tire-d'aile et de ses courtes trilles aiguës rappelait à la ronde ses droits chèrement gagnés sur ce soin de jardin en devanture de maison, devenu territoire.
Après la sieste Maxime est allé à sa seconde séance de kiné respiratoire. Hilare. Déclaré en bonne voie sur le chemin de la convalescence.
Comme il nous restait du temps, je l'ai emmené chez le coiffeur pour lui "dégager les oreilles" Lynn l'a remarqué la seconde où il est rentré.



