Ces lieux qui nous habitent

5 février 2010

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Après les premiers gribouillis impressionnistes de l'âge préscolaire, l'enfant s'applique à créer une ribambelle de bonshommes bâtons qui, avec le temps, prennent des rondeurs et représentent sa famille et ses proches. On a tous en mémoire ces premières œuvres malhabiles et cependant si touchantes.  Assez rapidement le tableau se complète: au dessus des bonshommes tout ronds vient briller le soleil,  sous leurs pieds pousse la hachure frénétique de l'herbe verte, à cela s'ajoute un arbre-nuage prêt à s'envoler vers le ciel et tout à côté se dresse LA MAISON. Ces éléments sont si fréquemment réunis qu'ils en deviennent presque indissociables, ce sont les portraits-bonheur de la galerie Tendre-Enfance. Sur le papier, les fenêtres  sont aussi grandes que la porte, le dehors s'invite un peu au-dedans. Haut-perchée, la cheminée étend ses voiles de fumée; elle témoigne de belles flambées dans l'âtre et évoque le coeur d'un foyer douillet, ronronnant et chaud autour duquel se regroupe le petit clan. Souvent dessinée à même échelle, la maison fait  figure de membre à part entière de la famille.
En me penchant sur le sujet et en cherchant à vérifier ce que j'avançais ici, j'ai découvert le coin de toile d'Isabelle Samyn-Bazin docteur en psychologie, qui nous dit:  "Presque tous les enfants dessinent leur maison avec toute la charge affective que peut comporter le dessin de la maison. Quand ils habitent un immeuble, ils dessinent une maison. Sur le plan symbolique, la maison est le chez soi, avec ceux qui habitent avec lui, elle est la valeur d'abri, de refuge, de protection, de sein maternel. C'est aussi le premier espace qui est exploré par l'enfant. C'est le symbole du milieu familial où vont se dérouler les premières expériences, dessin chargé d'affects. Marie Claire Debienne dit que la maison fonctionne comme un espace mythique. L'enfant y projette ses angoisses, ses fantasmes. On dit que le toit qui est le sommet de la maison est le siège de la pensée, la sécurité. La porte est l'accès à la maison, les portes minuscules se rencontrent chez les enfants qui ont des problèmes relationnels, refus de contact. La porte est rarement ouverte, la porte fermée est perçue comme un endroit sécurisant (...) Dessiner une maison, ce n'est pas seulement dessiner un volume, mais la socialisation de l'enfant, l'espace familial."
Maison-racine, dès la petite enfance.
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Faire partie d'une famille pourrait donc se définir comme appartenir à un clan mais aussi à un lieu.
Petite j'ai toujours pensé que nous appartenions au lieu où nous vivions et vice versa.
Nous, nous avions cette chance, mais quand j'ai compris que ce n'était pas toujours le cas, j'ai été envahie par un malaise diffus. J'avais du mal à concevoir qu'on puisse occuper une maison qui n'était pas la sienne. J'imaginais  que les gens qui étaient locataires vivaient sur le qui-vive, entre deux valises, dans l'ombre de leur propriétaire. S'il y avait une chose dont j'étais sûre c'était que plus tard je ferai tout pour posséder une maison bien à moi sans avoir de compte à rendre à personne, une grande maison avec un beau soleil, de l'herbe verte, l'arbre-nuage, de grandes fenêtres et une cheminée qui fume.
Depuis je compte en tout 9 lieux de vie différents. Quittés un à un, propriétaire d'aucun, aujourd'hui ce sont eux qui m'habitent. Maisons, chambrettes, appartements; loués, partagés, achetés, attribués; tous ancrés en moi à jamais. Éparses coins de mémoire spatio-temporelle, ils dressent les cartes "topogrAffectives" des souvenirs intimes et feutrés propres aux scènes domestiques qui se jouent au cœur du foyer. Ces différents lieux de vie dressent l'architecture des souvenirs qui leurs sont intrinsèques.
Si je me sens habitée par eux, je suis convaincue que ces lieux où ont résonné nos joies, grondé nos colères et où se sont serinés nos rêves, gardent aussi l'écho de nos petits bouts de vie en leurs sein.
Au final, investir un lieu et l'habiter n'a donc pas grand chose à voir avec son titre de propriété, la somme pour laquelle il nous  est alloué ou ses conditions d'attributions. Habiter un lieu et le faire sien, c'est, petit à petit, parvenir à y invoquer toute sa poésie intérieure, assortir les couleurs, trouver le bon angle, faire se répondre les motifs, choisir le dépouillement sobre et serein ou la profusion exubérante et colorée. C'est œuvrer au nid: tapisser de livres et de rêves festonner de dessins et de  rires,  capitonner de coussins et de chansons, tamiser d'ambre et de miel, embaumer de douceurs et d'encens. Ainsi s'anime le cœur d'une maison qui se transforme alors en foyer, avec ou sans cheminée.
Mes rêves de petite fille ont donc pris une autre tournure. Je m''imaginais propriétaire sédentaire et je constate un passé et un avenir pas moins nomade. Les lieux se sont multipliés. Depuis que j'ai quitté la maison de mes premiers dessins, il a plu bien souvent, l'herbe n'a pas toujours été verte. Il y a eu quelques arbres et de grandes fenêtres aussi, mais de cheminée, jamais. Pourtant tous ces lieux ont été miens et le resteront pour  toujours. Tous ont été pour un temps transformés en foyers. Ces habitats multiples sont en fait une richesse plus qu'un regret ou une tare. Leur multiplicité a varié l'architecture de mes jours et à fait de  la  géographie de mes souvenirs un grand atlas. 
Depuis juillet 2007 nous occupons  habitons (la nuance est importante) un logement de fonction. Dans un petit lotissement de notre Poitou d'adoption se tient cette maison de plein pied, une maison pareille à celles que je méprisais quand je rêvais à mon manoir gothique de propriétaire sédentaire, un logement tout en angles, sans surprise, sans fantaisie, sans coin biscornu, sans soupirail, corniche, chatière, encorbellement, lucarne, oeil de boeuf,  oreil, meneau, guillotine, poutres ou porche. Une maison strictement pareille à ses voisines avec un tout petit ruban de jardin. Je m'y suis pliée. J'ai même parcouru la nuit qui nous séparait d'elle depuis le grand Nord jusqu'à son seuil avec impatience et exaltation. Nous roulions alors vers elle sans en savoir grand chose. Nous avions eu connaissance de son nombre de pièces et de ses trois pas de pelouse, mais nous ne l'avions jamais vue auparavant, pas même en photo.  Il n'y avait pas le choix, c'était comme ça, le sort qui l'avait décidé. Aujourd'hui j'y suis attachée. On peut dire que le sort nous a plutôt gâtés pour un logement de fonction. Cette maison, je la connais les yeux fermés. (Si je me lève en pleine nuit et que la lumière de l'éclairage publique qui filtre à travers les rideaux ne me permet pas d'y voir assez clair, je ferme les yeux et je vois mieux, je vois avec mon "plan interne", signe que cette maison est maintenant en moi. Vous avez déjà fait ça, fermer les yeux pour mieux voir?) Je la connais les yeux fermés donc, et pourtant il n'y a pas trois ans que nous l'habitons, peut-être est-ce le fait de toutes ces nuits où j'avais à me faufiler à tâtons d'un petit lit à l'autre.  Ces nuits où je tissais ma maternité à son silence. Drapée dans le velours noir de la nuit, la maison se faisait plus intime,  plus organique,  plus utérine et maternelle.
Notre nid est relativement spacieux, fonctionnel et alors que je ne jurais que par le patiné et l'ancien, j'en ai vite apprécié le confort et la facture relativement récente ( une chance plutôt rare pour un logement de fonction dans "notre branche"). Au dehors, elle garde son anonymat,  murs beiges, volets blancs, elle est restée identique aux autres; mais au-dedans elle est devenue nous. Au début je n'osais pas trop me lancer et puis j'ai quand même percé ici, planté là et tempéré quelques couleurs. Feu notre chat Nanou s'est chargé de lacérer les tapisseries à ses moments perdus. Les pièces ont déjà bien vécues, c'est sûr il faudra leur donner un coup de neuf quand arrivera l'heure de départ. J'aurai peine à faire disparaitre le pommier peint  dans la petite chambre en guise d'étendard quand les petits sont nés. Oh quelques couches de  peinture blanche y suffiront probablement, mais la peine sera dans mon cœur.
Un lieu de vie ce n'est pas seulement une déco, quatre murs et un toit, c'est une époque, une météo, un mode de vie, des odeurs. Ici ça aura été des mois solitaires dans ma maison bulle, alitée, à faire pousser les pépins de pomme dans le creux de mon être, sous la courtepointe de velours, entre mille pages de romans, tourmentée par les nausées, les piétinements de rate mais grisée par la magie qui s'opérait en moi, tour à tour impatiente et tranquille. Puis, ce fut les nuits pointillées, les premiers pleurs, premiers sourires, premiers pas, premiers mots, premiers dessins. A présent, la maison porte aussi l'écho de moments partagés avec famille et amis, ceux venus depuis notre grand nord d'origine pour nous rendre visite dans notre région d'adoption, et les autres avec qui l'amitié s'est nouée sur place. Il a fallu longtemps avant que cette amitié là ne fleurisse, mais aujourd'hui elle se propage et s'épanouit. Une amitié un peu folle, inattendue, généreuse, colorée et vive qui en a fait fleurir d'autres et nous enracine dans ce coin de France qu'elle participe à nous faire découvrir et aimer (oui Sophie, si tu as lu jusque là, c'est bien de toi dont il est question ici) Ce beau coin de France vert et arboré est une terre fertile où s'enraciner. Je m'y sens aujourd'hui à ma place et les différentes attaches et perspectives y sont nombreuses. Je dispose de mon poste de titulaire à une dizaine de kilomètres d'ici que je devrais reprendre en novembre 2010 ou en mars 2011 en fonction de la date d'entrée à l'école des petits; un bel espace culturel avec des tas de livres à feuilleter et de profonds fauteuils très accueillants vient d'ouvrir ses portes dans la ville voisine, ce qui nous manquait cruellement; les sushis ne sont qu'à une demi heure en voiture; je suis enfin habituée aux petites salles de ciné longiformes aux allures de cabines d'avion; j'ai mes séances de sport payées à l'année; une médiathèque ne devrait plus tarder à ouvrir à deux pas d'ici et ce matin nous admirions les jolies plantes qui venaient d'être plantées à ses abords (elle se situe dans la cour du bâtiment où se trouve la garderie), un pôle enfance et parentalité avec crèche et tout le tralala ouvrira dès l'année prochaine dans notre petite ville (intéressant si bébé3), la ludothèque ouvre maintenant chaque jeudi, soit un jour de plus par mois qu'en 2009; Kidikwa, une association multiculturelle vient de voir le jour avec un club de la petite enfance qui se réunit tous les mardis, Max et lynn commencent à peine leur initiation aux joies de l'équitation en compagnie de la gentille poneytte de Valentin, et puis j'ai des choses qui dorment au jardin.
Parce que oui, dans quelques mois nous aurons probablement à partir. L'équipe avec laquelle travaille Monsieur Pap' va être restructurée. Le grand jeu des dominos a commencé. Certains savent déjà où ils auront à aller, le premier départ est pour avril; d'autres ont vu leur désir de rester déjà exhaussé. L'équipe de 13 va se réduire à 7. D'après nos calculs aujourd'hui nous avons moins d'une chance sur deux de rester ici. Des souhaits ont été exprimés, tous ne pourront être suivis. Le nôtre, comme celui des 11 autres concernés, est de rester ici même ou d'être relocalisés dans une circonférence inférieure à 30km, rapport à mon poste fixe. De toute façon, que j'exerce à 30 kilomètres ou de l'autre côté de la rue, il m'est tout autant difficile de me projeter dans cette future "vie active" car ce sera tout aussi problématique si mes horaires mes retiennent après 17h et les soirs de réunion. Vraiment, si vous avez des suggestions, j'ai besoin d'être éclairée sur la question, comment combinez vous les horaires de vos enfants et les vôtres? Vérifier mon cartable le soir, colorier mon emploi du temps, ressortir mon stylo rouge  d'un côté et mes classroom encouragement stickers de l'autre, me mettre au jour des circulaires,  bref, endosser à nouveau le statut d'enseignante avec ses défis et ses  moments hauts en couleur, surement je saurai, je n'en ai pas (encore?) envie mais je saurai, mais gérer en plus le temps d'une famille de quatre avec un Pap' qui a des horaires qui changent de jour en jour et de semaines en semaines, là, en toute franchise, j'ai de sérieux doutes... ... ... Beaucoup d'inconnu donc, mais dans le fond c'est sans surprise, nous savions que nous embarquions dans une vie un peu nomade.
Nous bougerons de toute façon dans quelques mois ou quelques années. Nous bougerons à répétition.  Nous aurons de la peine, beaucoup, des au revoir à faire et des adieux aussi surement. Nous ne vivrons jamais dans cette maison de famille dont l'histoire m'émeut tant quand elle est chantée par Bénabar, 4 murs et 1 toit. Mais si je pleure chaque fois à l'entendre ce n'est pas par sentiment de perte ou de deuil, au contraire, ces pleurs m'emplissent et j'ai le sentiment de répondre alors à un tout, un bonheur fondamental qui m'habite et me parle quand j''écoute cette  chanson, l'ordre des choses  qui se fera, pas sous un toit, mais au sein d'un foyer hébergé ici et là, un foyer où chaque nouveau départ pourra aussi être vu comme un autre défi, une nouvelle aventure, une forme de richesse. Pas de cheminée ni de cabane dans le vieil arbre, pas de poules ni de chèvres dans ces chez nous là, exit les rêves de petite fille; mais un foyer nomade essence de nos êtres, un foyer abrité dans le colimaçon de nos coeurs, un foyer qui s'invente  et s'accorde à la vie d'ici ou là bas, je ne sais où encore. Une maison à l'image de celle de Barbara (que je redécouvre dans cette magnifique chanson figurant dans la playlist ci dessous. Je voulais la faire figurer en tête de liste mais je ne maitrise pas encore cette fonction sur deezer, alors si au hasard de l'écoute vous tombez sur Chantal Goya et qu'elle vous insupporte (tout le monde n'est pas tombé dedans quand il était petit) cliquez sur Barbara vous ne le regretterez pas) Un foyer tout en images que j'ai hâte de voir apparaitre à côté de nos pommes, avec un arbre-nuage,  un grand soleil, de l'herbe verte, de grandes fenêtres et une cheminée qui étend ses voiles de fumée sur leurs futurs dessins.
... ...
Et puis, en relativisant, avoir un toit, quel qu''il soit, est déjà une chance que beaucoup n'ont pas ou plus.
... ...
A la mi mars nous saurons si nos petites pousses et nous auront à être rempotés avant l'automne.
A la crainte, aux regrets et à la tristesse anticipés se mêlent l'impatience, la curiosité et l'excitation.
Que les dés soient jetés.
Entre temps je compte bien consacrer sur ce coin de toile un petit billet à chacun des 9 lieux qui ont un jour été "chez moi."
Et vous, quels  lieux habitez-vous et vice-versa?

 

14 avril 2010: 

Ces lieux qui nous habitent: mes deux premières années: 1976-1978: Murs en papier et fleurs orangées

Des lieux qui m'habitent, voici le premier:
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7 novembre 1976: Sentant la naissance imminente, tout le jour durant ma mère avait arrangé le petit nid familial où se serraient déjà deux de mes frères et ma sœur ainée (de ceux qu'on appelle "demis" mais qui comptent tout pareil que des "entiers"). Elle avait épousseté, nettoyé, rangé, balayé, astiqué, avec le  soucis de tout bien ordonner avant mon arrivée, l'arrivée d'un nouveau maillon dans une famille recomposée. C'est un rituel que j'aime à reconduire chaque veille d'anniversaire. L'ordre apparent ("apparent" car quel que soit le moment de l'année le chaos règne dans les armoires), l'eau savonneuse, la lessive étendue et le parfum de cire d'abeille sont autant d'esprits domestiques dans un foyer qu'ils rendent par leur simple présence aussi chaleureux et douillet que le giron maternel. C'est l'effet boomerang de la magie des associations des sens et sensations de la petite enfance.
Un automne (que j'imagine  forcement) flamboyant faisait suite à l'été caniculaire de 1976.  Arrivée vers 23h30 à la maternité, ma mère me donnait naissance à la première heure du jour suivant.
Je n'avais que deux ans quand la famille a fini par déménager suite à une déplorable guerre mitoyenne qui s'envenimait après des années de bon voisinage. Tout ce temps j'ai partagé la chambre de mes parents. Malgré mon très jeune âge et le peu de temps passé dans cette maison, j'en garde un souvenir florale fortement ancré en moi.
Je me souviens de ces explosions de fleurs très seventies qui faisaient vibrer les murs dans les tons oranges et jaunes, mais surtout des oeillets d'inde et des soucis qui poussaient au jardin et dont la sève collaient à mes petites mains exploratrices.
Une maison et beaucoup de fleurs, ce qui nous valut même le premier prix du quartier!
Des fleurs partout, je me souviens, même s'il est dit qu'à cet âge on ne se souvient de rien.
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Voilà Lynn et Max arrivés à l'âge que j'avais lors de mon premier déménagement. Garderont ils une trace dans leur mémoire de cette maison que nous aurons peut être à quitter bientôt? Se souviendront-ils de leurs cache cache derrière les rideaux rouges? De leurs danses folles au milieu du grand séjour? De leur transformation en petites chenilles pour aller se cacher sous la table (avec le bruit "chenille rampante" version Minuscules)  ? De leurs courses avec le chien frappadingue le long du couloir? De leurs applaudissements quand la porte d'entrée s'ouvrait et que leur papa rentrait du travail? De ce ruban de jardin où les découvertes furent nombreuses?
La décision semble être bien longue à prendre du côté de l'administration. Voilà un mois que nous aurions dû être mis au courant de notre sort. J'ai l'impression d'une vie en suspens, tant de choses dépendent de cette décision,:l'entrée à l'école, où et quand; ma reprise du travail, où et quand; tomates, fraises, framboises, des envies de plantations en attente au jardin; un brise-vue qui nous rendrait un semblant d'intimité; les menues réparations ici et là; l'inscription à la médiathèque qui vient tout juste d'ouvrir à côté de la garderie etc... Je ne sais plus sur quel pied danser. Je ne sais plus si je suis plus disposée à entendre un oui ou un non tant je me suis préparée aux deux. J'ai le frisson d'un fort probable nouveau départ qui me fait vibrer et la mesure de tout ce qui nous est déjà offert ici même et qui pourrait être perdu. Ce qui prime c'est que je suis heureuse aujourd'hui et maintenant, et le mieux c'est que je le sais fort bien!

7 mai 2010

Là-bas ce sera chez nous

Il y a ces lieux (dont j'ai à peine commencé à égrainer les souvenirs) qui, pour toujours, nous habitent, et il y a celui qui nous attend:
  Là-bas, un autre ruban de jardin longe la petite maison mitoyenne. J'y planterai des fraises, des framboises et des mûres.
  Là-bas, l'espace sera peut-être un peu plus réduit, mais je me réjouis à l'idée d'en faire notre nid, d'y assortir nos couleurs, d'y agencer nos vies.
  Là-bas, notre maison prendra un peu de hauteur et après quelques hésitations, de l'entrainement et une ou deux chutes presque inéluctables, les enfants cavaleront dans l'escalier. Peut-être qu'habitée par leur imaginaire cette volée de marches deviendra pour eux un train, un avion, des gradins, une montagne où pratiquer leurs jeux comme je le faisais petite.
  Là-bas, je connais une merveilleuse boulangerie-pâtisserie où se régaler de pain aux pépites de chocolat blanc pour le goûter.
  Là-bas, au crépuscule, en surplomb de notre petite cité de fonction, nous verrons s'allumer la vielle ville dont les vestiges médiévaux se découperont en dentelle dans les soirs de soie noire.
  Là-bas, vautours, milans, aigles, aras, pygargues, caracaras et marabouts battront des ailes à heures fixes au dessus de nos têtes.
  Là-bas, la garderie offrira des horaires d'accueil plus larges pour nos moments d'indépendance, à moins que ce ne soit l'école qui pourrait nous ouvrir ses portes dès septembre (bien que je préférerais janvier). Une école à 700m de la maison, adossée au collège où j'espère un jour être mutée, parce qu'en attendant, là bas, c'est quand même à 25 km de là où j'irai travailler lorsque mon congé parental touchera à sa fin.
  Là-bas, je serai un peu plus éloignée de mes amis d'ici, et toujours terriblement exilée de tous les autres.
  Là-bas, nous serons 4500 de plus.
  Là-bas se forgeront leurs premiers souvenirs des jours acidulés de l'enfance.
  Là-bas, nous nagerons dans une piscine tournesol qui l'été s'ouvre sur le pittoresque panorama de la Vienne qui s'écoule au pied de la cité médiévale.
  Là-bas, j'irais vite nous inscrire à la bibliothèque municipale.
  Là-bas, il y a un joli jardin public avec une aire de jeux, et des volières, mais beaucoup d'eau, au milieu, autour, partout, et des frissons parce que c'est tellement plus amusant de quitter les gravillons pour papillonner sur les berges " trois pas en avant, trois pas en arrière(euh), trois pas sur le côté, trois pas d'l'autre côté (plouf)"
  Là-bas, j'espère tomber sur le meilleur des dix médecins.
  Là-bas, nous emprunterons l'ancienne voie ferrée sur un drôle de vélo.
  Là-bas, nous nous régalerons dans la meilleure crêperie de la ville au cœur de la cité médiévale.
  Là-bas, il y a un petit cinéma: 2 salles, et des films en V.O.;des "pestacles" de marionnettes pour petits et grands et une harmonie municipale composée de 45 musiciens.
  Là-bas, chaque samedi matin, on flâne, on furette, on se retrouve, on cause, on hume, on gagne en appétit entre les étals d'un des plus grands marchés alentour.
  Là-bas, c'est 21km plus au nord qu'ici.
  Là-bas ce sera la ville mais avec beaucoup de vert autour.
  Là-bas je serai un peu plus près de la grande ville, de deux grandes villes même.
  Là-bas, qui sait...
  Là-bas ...
  Là-bas, dés l'été nous partirons.
En attendant nous nous y rendons en simples visiteurs:
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12 mai 2010

Un hier, un là-bas, dans un parfum retrouvé.

img24493Les petites pommes ont la peau à tendance atopique, irritée parfois par de l'eczema. La dermatologue nous a prescrit une crème adaptée avec plein de contre indications et de mises en garde sur la notice. Ils n'ont pas l'air d'être gênés outre mesure par ces désagréments cutanés c'est seulement lorsque j'ai cherché à traiter avec cette crème prescrite que ça a commencé à gratter. Gratter: Un nouveau verbe au vocabulaire et comme tous les nouveaux mots, Miniplume aime le répéter ("ça dratte, ça dratte" avec mine renfrognée de circonstance)

Sous les conseils de mon amie R. la jardinière, je viens d'acheter une crème au calendula. J'attends le temps de plusieurs applications afin d'en constater l'efficacité, mais déjà dans ce pot, un miracle, celui d'avoir fugacement regagné un hier, un là-bas, portés par le parfum des fleurs de Calendula. Un peu de leur fragrance et je fus soudain enveloppée par un souvenir de douceur et d'insouciance, comme pelotonnée  petit petit dans un demi sommeil habité de rêveries un beau jour d'été  au coeur d'un massif de fleurs. C'est en cherchant à quoi ressemblait cette fleur prestidigitatrice aux utilisations thérapeutiques nombreuses et variées que j'ai appris que son petit nom intime dans les jardin ordinaires était celui de souci, fleur de ma petite enfance dont la sève odorante collait jadis à mes petites mains exploratrices et curieuses. Souci qui, je l'appris par la même occasion, signifie "qui suit le soleil" (ils se ferment la nuit et s'ouvrent le jour) et n'a donc rien à voir avec le tracas. Je trouvais jusqu'alors de fort mauvais augure que nous ayons eu un jardin semé de soucis, aujourd'hui je peux considérer les choses sous un autre angle, ce qui , étymologiquement déjà, est bien plus correct.
Peut-être que tout ça n'est qu'un souvenir que je m'invente, que je tisse, je ne saurais vraiment le dire. En tout cas cette crème au calendula a des racines dans mon passé et sa texture est délicieuse, fondante et aussi aérée qu'une mousse gourmande.


30 juillet 2010: déménagement

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Ce soir on a arrosé nos souvenirs au champagne et les cartons se sont finis vers minuit dans une humeur très gaie.
Je n'ai pas arrêté une minute aujourd'hui, heureusement que les petits étaient à la garderie. On pense ne plus avoir que ça, ça et ça à faire, ça ira très vite et en fait ça implique ceci et cela et c'est finalement très long, mais enfin nous voilà fin prêts ou presque.
         Nous n'avons pas eu le temps de penser à un plan bien définis pour placer nos meubles là bas. Il va falloir apprivoiser les angles. J'y toujours trouvé ça difficile d'apprivoiser les angles. Quant enfin on y est arrivé c'est qu'on est chez soi.
       Aujourd'hui j'ai beaucoup pensé à ici. Cette maison cocon où 3 jours après notre arrivée nos concevions nos deux pommes, la maison de la maternité parentalité. Ici où planter nos racines, faire grandir les fruits de notre amour, ici contrainte par nul horaire hormis le notre. Ici fut aussi un défi et je le déclare réussi. Je porterai toujours le souvenir d'ici en moi.
          Je me souviens de l'odeur de cette maison à notre arrivée. Une odeur vite exacerbée par les hormones de grossesse. Une odeur qui me rendait étrangère aux lieux. Une odeur mal à l'aise. Aujourd'hui je ne sens plus rien de particulier. ca sentira forcement différent là bas et quand je ne sentirai plus rien de particulier c'est que ce sera chez moi. Vous avez déjà remarqué ça? C'est une façon fort animal de distinguer son chez soi et chez les autres, non?
         Là bas ce  sera plus petit et on envisage de leur faire partager une chambre.
         Bonne surprise là bas le jardin est déjà clôturé. Un jardin mouchoir de poche.
        Là bas les murs sont oranges et jaunes et bleus et il y a des citrons sur le carrelage de la cuisine, ça pourrait être pire. Il y a de grands bacs à fleurs qui n'attendent que moi.

         Minuit passé, je ne réalise pas que là bas c'est presque déjà chez moi.
         Tout le monde dort, voilà, à part moi. J'étire les dernières heures au delà du raisonnable.
         Je repense à ce film avec Dany Boone, invraisemblable vraiment que de n'avoir même pas mis en carton le bureau le jour
du déménagement. Il y a ce moment aussi où le personnage se souvient de sa première visite dans les lieux avec sa partenaire, je suis toujours très émue quand je revois cette scène. Entre soi et la maison s'écrit une histoire intime, et toujours reste l'écho des souvenirs tissés entre ses murs.

10 octobre 2012
 Elle se tenait dans la rue des grandes dames, celles aux chapeaux pointues, là où la mode est aux écharpes de lierre rougeoyant à l'automne; au coeur de la ville, là où on entend presque courir la rivière qui la traverse de part en part. Elle se tenait là, vide de tout occupant et pourtant encore tellement habitée. Habitée, jusqu'à l'assiette de croquettes laissée pleine pour le chat au pelage blanc. Mais de chat il n'y avait plus, ni de chat, ni de petite veille dame dont il était la seule compagnie.  Habitée pourtant elle le restait encore: par le manteau sur le perroquet, le casque de mise en plis sur son pied, la boîte à dentier sur l'évier, par  la boite d'allumettes près de la gazinière et la chemise de nuit en pilou pilou qui n'en finissait plus de sécher au grenier.
Ainsi je me raconte cette maison qui à l'instant même où je lui vis "à vendre" épinglé sur le revers, fit éclore en mon coeur cette douleur d'amour cousue d'incertitudes.

La dame y est morte surement. 
Vous avez peur?
Moi non.



 

C'est une maison qui nous raconte les jours heureux, les instants précieux. Un rez de chaussée aménagé pour le grand âge nous révèle un coeur fidèle, enraciné au lopin, attaché aux pierres. Il s'y raconte un temps égrainé, à pas lents, un temps de petit vieux. au charme surrané. L'arrosoir qui attend encore dans l'entrée évoque l'essentiel. Et puis il y a ce planisphère sur un large pan de mur à l'étage qui raconte aussi l'ailleurs et cette curiosité du monde qui me parle; le vin qui prenait la poussière à la cave en attendant les visites et les célébrations; le canoë au sous-sol qui devait faire la joie des petits-enfants.
Il y a aussi le parquet à tous les étages, le noyer au fond du jardin, la petite cachette inaccessible au dessus de la buanderie, double vitrage partout avec volets électriques, le poulailler dissimulé par le lierre, une jolie vue sur la ville médiévale, 1km800 de la villa au logement de fonction (et donc, une faible distance entre la vie privée et les obligations professionnelles, pas besoin de seconde voiture non plus, juste les roues du vélo à regonfler) et un petit nom suranné apposé à la façade qui justifie que je l'appelle grande dame.


 Rien là jusque là qui puisse nous effrayer.

Et pourtant restent les incertitudes:
*son prix bien élevé par rapport au marché et le fait qu'on n'ait même pas fait évalué notre budget.
* l''immobilier qui semble sensiblement moins cher dans la ville où je travaille 30 km plus loin où les maisons sont vraiment jolies et habitables sur le champ, sans recourir à des rafraichissements, mais 30km entre le privé et le professionnel paternel ça devient plus difficilement vivable pour une vie de famille tout en équilibre... et j'ai beau explorer la toile, je n'ai pas trouvé d'autre offre susceptible de nous charmer dans le coin.
*cet impondérable fait que nous devrons alors subvenir aux frais de deux habitations: taxeS d'habitation, chauffage, électricité, ordures ménagères etc...
*la difficile question des distinctions entre résidence principale et secondaire et le fait que les crédits soient moins avantageux quand on cherche à acquérir une résidence secondaire. Semblerait que le logement de fonction ne puisse être considéré que comme une résidence principale... mais les infos se croisent et différent. 
*la presque assurance de rester ici encore 5 ans mais probablement guère plus. 
* cette loi que j'ignorais qui pénalise les plus-value dans le cas d'une revente d'une maison secondaire moins de 30 ans avant son achat! Toutefois il semblerait que le marché de la location soit florissant dans notre ville et que la demande dépasse l'offre.
*Un rafraichissement complet à faire, l'électricité aussi sûrement, la chaudière fioul qui sait... l'isolation sous sol et grenier pour la rendre douillette, le grenier à aménager pour profiter de tout l'espace.
*Un jardin tout en pente que j'imagine travaille en paliers sans avoir pensé à l'éventuel problème de ruissellement vers la maison. 
*peu de temps libre pour les travaux et pas de garde d'enfant possible quand ces moments se présentent (le centre de loisirs pendant les vacances peut être...) mais pas d'impératif non plus, pas de logement à libérer à un moment T, prendre des mois, un an si il faut pour y faire notre nid.
*peu de savoir faire surtout et personne dans l'entourage pour nous aider ou nous guider.

L'envie d'investir toutefois sans avoir pour autant besoin d'avoir recours aux heures sup au détriment du temps à soi ... Le besoin d'espace alors que les enfants grandissent collés serrés dans leur petite chambre. L'envie d'un lopin de terre et plus ce vis à vis avec les logement sociaux qui sont entrain de sortir de terre.

4 murs et un toit.

Alors? Alors? Que faire?




13 juillet 2013

Souvent je me suis embarquée dans des rêves aux quatre murs et un toit. Ça commençait sur papier glacé, le rouge d'une brique du nord, le distingué d'un toit, l'arabesque art déco dans les boiseries d'une bourgeoise des années 20. A partir des mots succincts qui présentaient le bien je me bâtissais une demeure à la hauteur de mes rêves, l'idyllique Home Sweet Home.

Avant de choisir ma carrière, je demandais autour de moi :"et quand on enseigne, on peut se permettre une maison comme ça?" Les maisons que je pointais alors du doigt étaient souvent serties de verdure en retrait du vacarme de la ville, un petit air de noblesse, beaucoup de secrets et de recoins, les poutres apparentes, le plancher qui répond aux pieds qui le foulent, les poules qui par deux patrouillent au jardin. Et on m'assurait que oui.


Je me souviens de la première maison que nous avons visitée rêves en tête. Cette demeure située au pied du Mont Cassel était issue de la grande lignée gothique, de celles qui se plaisent à grandir leurs ombres sous des rondeurs de lune. Nous ne pouvions qu'y ancrer notre coeur. Lorsque nous en franchîmes le seuil, nous la découvrîmes figée dans le temps en un capharnaüm d'une vie qui n'était plus. Entre les chiffons d'hier, les bocaux moisis et les vieilles photographies se lisait encore sa grandeur tout en décadence, alors que l'ardoise dessertie de son toit laissait s'infiltrer l'eau qui ruisselait le long des murs. La rendre habitable était bien au delà de notre budget serré et je serais étonnée d'apprendre qu'elle n'ait pas fini rasée... ou peut être étire t-elle encore ses ombres les soirs de pleine lune, habitant les peurs et les défis des enfants qui l'ont pour voisine.

Lorsque nos rêves immobiliers se sont faits plus présents, ils ont continué d'être bien plus beaux que tous les biens qui nous étaient donnés de visiter. Jusqu'à ce qu'un petit coin de campagne de Flandre-Occidentale à la langue étrangère s'avère à portée de prêt. Pas de cuisine, aucun chauffage, de l'amiante dans le toit de tôle ondulée, simple vitrage et une humidité à vous inventer des douleurs articulaires, mais ses volumes étaient parfaits et son coin de terre donnait sur de grand champs, entre tour ronde à l'inspiration celtique et Mont Kemmel. Le jour où nous signâmes chez le notaire fut le jour même de l'emménagement. Ce dernier ne se fit pas sans angoisses. J'y versai quelques larmes avant que de ne pouvoir l'aimer. Nous changeâmes les fenêtres et la porte, y fîmes installer le gaz de ville pour s'y chauffer, une cuisine y fut montée, la chambre se lambrissa et du parquet flottant fut posé au premier (tu te souviens papa?) des heures à peindre et à arranger, mais c'est au jardin que j'eus le plus de plaisir à m'activer, pommier (quelle taille peut-il bien avoir 7 ans plus tard? Ses fruits ont-il la douceur à laquelle j'avais rêvé?) myrtillier et digitales comptent parmi les premiers achats effectués pour cette maison. Lorsque nous eûmes à la quitter 15 mois après avoir pleuré devant son humidité et son moisi qui n'était plus que de mauvais souvenirs, elle avait gagné en valeur et habiterait pour toujours nos souvenirs.


Lorsque M. Pap embrassa son choix de carrière, les rêves de toits d'ardoise et de murets en pierre furent vite relégués dans le coin des soupirs. Je me consolais à l'idée que nous n'étions pas si mal logés et qu'il y avait bien pires logements de fonction que ces F5 et F4 avec ruban de jardin qui nous avaient été alloués. La région était belle, notre chance indéniable. Plus tard peut être, aux vieux jours, s'habiterait le rêve de 4 murs à soi.

L'envie refit parfois surface et nous mena à plusieurs mois d'écart à un ancien presbytère et jusqu'à une jolie bourgeoise de ville, mais les doutes revenaient et la routine nous avalait de nouveau et nous faisait oublier nos rêves pour un temps.

Cependant, à mesure que les enfants grandissent semble se restreindre notre espace de vie. S'ils sont encore heureux de partager leur petite chambre, reste à savoir comment faire cohabiter leurs inéluctables futures envies d'indépendance, mon coin bureau et le repère musical paternel.

Une maison à soi...
Une maison, mais surtout un jardin car c'est surtout au jardin que s'enracine la magie des jours d'enfance.
Une enfance aux genoux verts chlorophylle, une enfance de sève, de petites récoltes, d'oeufs ramassés et le plancher qui grince et raconte."Je plante mon pépin de pommes là maman, comme ça l'année prochaine on aura un arbre avec des pommes!" Comment lui refuser de voir son arbre pousser?

Le projet est plein d'incertitudes mais il ne part pas sans atouts. L'immobilier sourit à la stabilité de nos emplois et le marché joue en notre faveur. Tout nous porte à penser qu'il serait probablement plus judicieux de croquer la pomme aujourd'hui au lieu de repousser nos rêves au pays des vieux jours.

De maison familiale, la demeure de nos rêves, aura peut être à devenir coin de refuge et de vacances, à la guise des mutations, mais elle restera nôtre en dépit de tous les aléas possibles des jours qui déchantent.

Juin nous a vu nous lancer dans cette quête. La flamme fut réveillée par un coup de coeur papier glacé, une belle bourgeoise au terrain aguichant. Empressés nous fûmes tout d'abord et si la visite avait eu lieu en semaine et non un samedi juste avant débauche de l'agent, nous aurions je pense signé derechef. Soutenus par nos banques nous étions prêts à concrétiser très vite mais je pris peur, des petits trous d'insectes xylophages dans une poutre, des étais au sous sol, un bilan électrique mitigé, et surtout cette rue passagère et l'immense hangar débarras comme une verrue panoramique.

 Des plus

 Des moins

"Visitons en d'autres pendant ta semaine de congés et nous aurons des points de référence pour nous décider." lui proposais-je.

Nous en visitâmes 12. Je les ai toutes habitées, en projection. Le soir j'y déposais meubles, cartons, habitudes et rêveries. j'y découvrais des peurs ou de grandes joies. Pour l'une c'était un jardin, l'autre un joli foyer de cheminée, certaines étaient idéalement placées, d'autres encore comptaient assez de pièces pour abriter toutes nos passions et envies. Si j'avais pu choisir un peu de chacune, j'aurais pu habiter une maison qui aurait dépassé mes rêves. Chaque maison écartée portait en elle une part de renonciation qui ne se faisait pas sans peine.
 Florilège de maisons visitées

 Le meilleur

 et le pire

La belle bourgeoise qui instigua notre quête fut finalement écartée, 2 maisons restaient en balance dans notre cœur. Chacune ayant des avantages que l'autre n'avait pas. L'une se situait à cinq minutes de marche de notre logement de fonction. Le jardin avait une belle longueur et s'ouvrait sur une vue vallonnée entre champs et bois. La maison était grande, trop, les pièces nombreuses, la cuisine petite. Beaucoup d'escaliers, une rue fort passagère. Habitable de suite sans en être exceptionnelle. Pratique pour la vie de famille à court terme, toujours aussi éloignée du travail pour moi (30 minutes).

La seconde, mais je devrais dire la première, car à en croire sa façon de prédominer dans mes rêveries, c'est bien celle ci pour laquelle je penchais, n'est qu'à 7 minutes de mon travail et nous plait jusqu'au papier peint. Elle a la cuisine élégante, le jardin fruitier. On y trouve des dépendances, une grange, une cheminée, du parquet, une mezzanine. Le jardin surélevé se marie avec l'intérieur. La terrasse est invitante et la glycine y courra bientôt.


Nous prîmes le temps de la réflexion, 10 jours entre visite et contre visite, puis fîmes une première offre plus en rapport avec le marché et sa ruralité. S'ensuivirent alors deux très longues semaines de négociations alternant offres et contre offres. Lundi quand le ton s'est durci 5000 euros au dessus de notre budget plafond, j'ai fait le deuil du projet, non sans une certaine douleur à l'âme. C'est que se lancer dans des projets immobiliers ne se fait pas en demies mesures. Lorsqu'on en vient à faire une offre, c'est que le rêve a déjà été habité, les aléas soupesés, les cartons envisagés, et dans notre cas, l'école visitée (même si elle le fut avec beaucoup de "peut être" à l'égard des enfants et se conclut avec une minette en pleurs "Je veux pas changer d'école. Et mes copiiiiiines!!!!! Je veux pas quitter mes copiiiiiiines!!!!" Inconsolable en dépit des efforts de son frère "T'inquiète pas, je serai avec toi. Je te protégerai!"...). Faire une offre, c'est comme s'avancer vers l'autel, prêts à changer de vie, prêts à échanger ses oui. Mais lorsque s'ensuivent deux semaines de négociations serrées, l'allée sacrée devient une zone de grande instabilité et de mouvance. Tout est en latence alors que  des lignes de vie se décident en coups de bluff et en lancés de chiffres. Lundi tout était pour moi fini. Je ne savais même pas si j'allais avoir le courage de me lancer à nouveau dans ce parcours incertain vers l'acquisition de terres.


Mardi je tournais la page. 

Mercredi j'épluchais à nouveaux les annonces. 

Jeudi soir nous eûmes un appel inattendu alors que nous partions pique niquer au bord de l'eau. Les vendeurs et l'agent rabaissaient leur prétentions et le pas qu'il nous restait à faire n'était pas impossible si nous négocions bien notre crédit. 

Vendredi matin  nous étions tous d'accord. Rendez-vous courtier et banques furent pris. Le compromis serait signé en milieu ou fin de semaine prochaine.

Vendredi soir les remarques de Mr Pap à l'égard des toitures me donnèrent des insomnies. Super zoom sur photos, inquiétudes de mousses, d'étais et de vagues de toit côté grange. Des avis furent pris ici et là. Etais-je en train de reculer à petits pas? Acquérir c'est endosser des responsabilités. Deux puits à sécuriser, un toit de grange de guingois, les inconnus du photovoltaïque. Etais-je face à de vrais risques ou au vertige engendré à la perspective de ces inéluctables responsabilités. Si nous reculions maintenant, serions nous vraiment prêt à franchir le pas un jour?

La question est encore en suspens. Nous explorons ces questions et sondons des connaissances avisés. Peut être signerons nous vendredi, peut être abandonnerons nous le projet, peut être reviendrons nous-en à notre offre initiale si l’inquiétude toiture se trouve avérée, leur laissant deux semaines de réflexion alors que nous irons camper. Jusqu'à ce qu'un avis ferme et définitif soit pris, c'est comme un morceau de puzzle qui manque à ma globalité. Une zone instable pleine d'incertitude et ça ne me va vraiment pas. Toutefois, j'ai grandi en la matière. Je gère mieux les délais et supporte la mouvance de l'incertain. 


To be continued...

19 Juillet 2013



 Vendredi 19 juillet, 17H. Aujourd'hui à cette heure précise où j'écris, nous avons été à deux doigts de devenir "propriétaires moins trois mois." Le compromis de vente aurait été signé et puis le mandat courtier aussi, dans la foulée. Si cela ne s'est pas fait c'est parce que j'ai choisi la sérénité et que je n'aurais su cohabiter avec les lignes de failles que présentait ce choix. J'ai finalement refusé de céder aux différentes pressions et manipulations de l'agent et des acheteurs et tu mon engouement empressé. Il aura quand même fallu trois semaines pour ça. 

Mercredi 17 aura été éprouvant mais j'ai plutôt bien tenu la barre.
Il faut dire que ce jour s'annonçait déjà comme déterminant. Un rendez vous banque en matinée, à la grande ville, par 30°C, un autre dans l'après midi, les deux avec les enfants, et une ultime visite dans la maison élue avec un artisan avisé pour le sonder quand aux différentes toitures. Monsieur Pap travaillait 8h-12h / 14h-18h /  20h-23h. J'allais devoir gérer. 
La nuit qui avait précédé avait été hachée menue en petites heures, comme presque toutes les nuits cet été (nuits tropicales, travaux dès 6H00, cauchemars d'enfants, furies d'animaux, grondement de tonnerre, le florilège est grand... et puis insomnies). Les enfants avaient été prévenus, il allait falloir être sages pendant mes entretiens.
Je connais mal la grande ville et lorsqu'après quelques détours j'ai réalisé que la place sur laquelle se tenait la banque était investie par les étals du marché qui congestionnait tout le quartier, j'avoue que j'ai pesté. Se garer loin, marcher vite, souffrir de ce qu'il fait chaud, sur la boite vocale découvrir un message de l'agent immobilier qui, condescendant, me donne du "vous seriez gentille de me rappeler rapidement, ça concerne la visite de ce soir.", afficher un petit retard qui ne me permet pas de rappeler sur le champ, le faire lambiner. 
Le rendez vous se passe bien, les enfants dessinent et colorent. 
En sortant, on s'offre une grosse barquette de framboises. Il nous faut aller compléter notre attirail de camping  et passer par l'intersport voisin, mais l'idée d'un milkshake bien glacé motive les troupes. 
Avant cela il me faut rappeler l'agent. Il est presque midi. Stupeur et découragement, celui ci me raconte que ces messieurs dames les vendeurs sont devenus un peu frileux à la perspective de la visite avec expert de ce soir. A parler franc, ils auraient prospecté pour l'achat d'un bien au plus près de la grande ville pour réaliser qu'un bien identique à celui que nous sommes sur le point de leur acheter est plus plus onéreux dans une zone convoitée. ça tergiverse et argumente "J"ai passé trois heures avec eux au téléphone madame, une heure lundi, une autre hier et là ce matin même. Le fait est qu'ils refusent aujourd'hui le compromis à la somme convenue la semaine dernière et remonte de 6000 euros." Gloups, plafonnant déjà dans les mensualités de notre budget pour rester confortable dans les autres domaines, je lui dis qu'il n'est pas question de signer à un prix différent de celui qui avait été convenu et que ce serait à regret mais nous nous retirons de l'affaire. "Bien madame. Je vais les en informer et tenter de les faire changer d'avis."
Le milkshake avait intérêt à être bon. Quelle farce cela était-ce donc? Au moins je n'avais pas exactement fait le trajet pour rien, nous avions encore besoin de deux matelas autogonflants pour meubler maison de toile estivale. Les enfants et moi tombâmes d'accord, les milkshakes étaient délicieux. En le sirotant sur la route du retour, je faisais à nouveau le deuil de nos projets. Au moins je n'aurais pas à me rendre à l'entretien de 15H, ni au rendez-vous de 18H30, et je projetais déjà de passer une heure à lire dans un bain parfumé alors que les enfants se remettraient de cette grosse chaleur de midi devant un DVD.

Vers 14H, l'agent m'informa qu'il avait réussi à faire changer les vendeurs d'avis, retour au prix fixé la semaine précédente, mais pas question de chercher à faire baisser à nouveau quelque soit le bilan de la visite de ce soir. 

Certes.

La seconde banque chercha tant et si bien à me proposer une offre plus intéressante que la première que nous y restâmes 2H les enfants et moi. Merci coloriages et ipad. J'estime avoir réussi un tour de force en les maintenant relativement tranquilles dans un petit bureau de banque alors que le monsieur épluchait ses chiffres. En sortant ils révélèrent mon stratagème au grand jour "On a droit à des bonbons?"

Le bain fut bref mais salutaire. Je confiai les enfants à des amis résidant au village convoité et avec l'artisan de métier nous nous rendîmes chez "ces gens qui aimeraient qu'on ne s'attarde pas parce qu'ils reçoivent en soirée." (Monsieur était en maillot de bain mais on va leur laisser le bénéfice du doute). L'accueil ne fut pas très chaleureux mais nous pûmes faire ce que nous avions à faire. On me rassura sur la qualité et la fiabilité de la toiture de l'habitation principale, mais en ce qui concernait la grange mitoyenne à la cuisine, cette grange qui clôture le jardin, il était certain que la menace était imminente et la structure à revoir complétement, charpente, poutres et revêtement. 

C'est à ce moment que l'agent m'annonça qu'il y avait "un petit soucis," "ces gens échaudés par nos longues négociations et cette dernière contre visite n'ont pas exactement respecté toutes les étapes dans les temps." En d'autres mots, craignant une entourloupe dans les négociations de notre part avec nos craintes quant aux toitures, ils ont refusé de s'engager dans les frais diagnostiques (600 euros pour les diagnostiques électricité, amiante etc...) et attendent notre verdict de ce soir pour contacter derechef leur connaissance (mouais...) qui opère dans ce domaine et lui fixer rendez vous pour le lendemain afin d'être dans les temps pour la signature de vendredi. Non non, on n'a pas du tout la pression. J'explique que si je suis sans mon époux ce soir c'est qu'il travaille et ce jusque 23H au mieux, bien plus tard si on le rappelle et que je ne suis pas en mesure de me prononcer sans m'être concertée avec lui auparavant. L'agent a un plan, si si je peux l'appeler même passé 23h et lui laisse un message à cette dame ou la contacte dès le lendemain entre 7H et 8H. Elle s'emballe, se complique, quoi? non pas d'appel avant sa douche! avant le travail? ah non ça va la freiner, c'est trop compliqué, il lui faut savoir sur le champ et ça dure un quart d'heure. Je refuse de me prononcer et on opte pour le plan de l'agent qui ne me convient qu'à moitié. 

La journée m'a tellement épuisée que je ne sais plus ce que je veux, ce qui est bon, quel lancé de dés choisir. Je n'aime pas du tout cette pression très timée de la fine équipe adverse.

Je veille tard et ne voit Mr P que passé minuit. Ajouter 10 à 20 000 euros au budget pour une partie de la propriété que nous n'allons même pas habiter, irraisonnable, impossible. Vivre en sa mitoyenneté avec l'éternel frisson de l’éventuel écroulement et les couacs financiers pour y remédier, non plus. Je ne suis pas de nature à cohabiter sereinement avec ce genre d'inquiétude. Il était presque 1h du matin lorsque j'ai envoyé un message à l'agent pour lui dire que nous nous retirions de la négociation à regrets mais que notre offre initiales 12 5000 plus bas que ce que nous allions signer était finalement au plus près de notre budget en vu des travaux à réaliser. Peut être avait il éteint son portable pour la nuit, peut être l'ai-je réveillé. Depuis je n'ai plus entendu parler de lui. Il ne m'a pas rappelé et moi non plus.

Nous aurons habité les lieux en projection, des lectures au coin du feu aux récoltes de raisins et de pommes au jardin. Je suis un peu triste, mais étrangement je me sens aussi plus forte d'avoir tenu la barre du raisonnable. Je me sens surtout plus légère à la veille de nos deux semaines campeurs alors que l'oscillation des négociations a cessé. Je ne nierai pas que dans un coin de mon esprit persiste le petit espoir que les propriétaires se ravisent et acceptent notre offre initiale qui nous permettrait de financer les travaux,  mais je ne compte pas trop dessus et nous sommes prêts à reprendre les visites dès notre retour.

Home Sweet Home, to be continued...








5 octobre 2013


Longuement j'ai par le passé écrit ici (à relire là) quant à ces lieux qui nous habitent, ceux d'hier et ceux de demain, ces rêves de pierres à l'architecture incertaine.

Presqu'un an après avoir visité la première maison qui avait ranimé nos envies de pierres, et après en avoir visité une bonne vingtaine ces quatre derniers mois, nous avons, cette semaine, signé un compromis, une promesse d'achat.


Pris dans le tourbillon de septembre, déçus maintes fois, nous n'y croyions plus vraiment, mais continuions à solliciter des visites ici et là de temps en temps. 

La maison qui nous attendait venait à peine d'entrer sur le marché. Sa mise en vente était tellement récente que l'agent ne l'avait même pas encore mise en fiche. C'est Sophie, qui, amie avec ce dernier,et de passage en son bureau, en avait repéré les photos et l'avait convaincu de nous la présenter en exclusivité avant de la proposer à d'autres clients.

Idéalement située dans un lieu-dit à quelques kilomètres de celle pour laquelle nous avions presque signé en juillet dernier, cette maison du XXVIII° attenante à une grande grange, nous séduit par son cachet so British (les propriétaires sont des retraités anglais), son parquet qui répond aux pas qui le foulent, ses poutres apparentes, ses recoins, le poêle qui trône au salon, sa cuisine équipée et son jardin de 2000m2 bordé par des pâtures à l'orée d'un petit bois où s'aventurent de nombreux sentiers et circuits de randonnée.



Potager en bout de jardin: déjà de nombreux fraisiers et framboisiers.


 Ah, oui, sa piscine hors sol aussi!




Bien que ne disposant que de deux chambres, cette maison répond à tous nos souhaits puisqu'en sa grange attenante peut facilement être aménagée une suite parentale avec baignoire. Son prix de vente de plusieurs dizaines de milliers d'euros en dessous de notre budget nous permet d'y rêver.

Après une première offre d'achat qui fut refusée face à autre acheteur qui avait déjà prévu sa contre visite avec une agence concurrente sans que nous ne le sachions, nous parvînmes à coiffer ces derniers au poteau après quelques sueurs froides, mais toujours à un prix très raisonnable.

Alors que sous le soleil d'octobre nous traversions la place où s'animait le petit marché du mercredi pour rejoindre l'agence où nous nous apprêtions à apposer nos signatures en bas de chaque page d'un épais dossier, je nous revis franchir le seuil de ces nombreuses maisons où nous déployâmes à chaque fois nos projections de foyer, chaque déception m'apparut alors comme un pas de plus vers cet aboutissement, cette perle rare, cette merveille de pierres.

La voilà, bientôt à nous. Une maison à la fois riche en mémoires passées, avec par exemple son sol en pierre au salon "les propriétaires ont tout rénové eux même et ces pierres viennent de la partie étable de la grange", mais aussi confortable et sûre, merveilleusement isolée, excellemment pensée avec un cabinet de toilette dans chaque chambre à l'étage, rénovée avec l'expertise de cet anglais passionné et qui au pays était du métier. 

Si la vie n'est pas parfaite, à l'aube de nos 40 ans ou presque, elle s'en approche drôlement. Je me souviens de cet été où dans une forêt du Vercors, avec mon amie J., nous tissions nos idéaux, il était question de verte campagne, de vieilles pierres, de délices qui mûrissent au jardin, surement d'un peu de miel, de bon pain et de fromage de chèvre aussi, de babillages d'enfants surtout et de tartes aux pommes au four, d'un travail qui passionne sans accaparer. 10 ans plus tard, nous n'en sommes plus si loin.

Mon coeur s'emballe quand je réalise que d'ici Noël nous aurons 4 murs et 1 toit où aller écrire notre histoire. Le futur n'est pas sans incertitudes (liées aux mutations principalement), mais nous l'avons notre maison familiale. Aux beaux jours, papi viendra construire une cabane au jardin et une fois clos nous pourront y voir deux petites poules patrouiller. "Et un lapin?" espère Lynn pour se consoler à l'idée de quitter ses chères amies d'école qu'elle pleure déjà à gros bouillons.

Bientôt je serai à moins de 10km de mon travail, Mr Pap à 15 du sien. Le soir nous l'attendrons avec impatience. Jack se chargera de la sécurité. Misty se cachera sous un lit pendant des jours avant de s'approprier les lieux. Nous serons voisins de forêt avec un majestueux château au destin tragique. Si nous avions habités les lieux il y a un an de cela nous aurions vu ces flammes lunatiques depuis notre jardin un soir où un homme entendit des voix.


D'ici le printemps prochain mon âme jardinière s'épanchera sur les pages d'un gros carnet au coeur duquel je m'empresse déjà de noter mes envies de semis, nos projets à faire pousser, de la rhubarbe pour lui, des myrtilles pour moi.

Mais d'ici là un tri s'impose, quelques cartons, un certain nombre d'acquisitions. Certaines pressantes (une voiture pour lui), d'autre moins (un trampoline? une balançoire? un toboggan? un panier pour rentrer le bois, une paire de jumelles pour observer la faune à l'orée des bois...)

Les dés ont été jetés.
4 murs et 1 toit.